Souffle de vie : épisode 8

Souffle de vie/ Heartless 8






La chambre était d'un joli bleu, faiblement éclairée par la lumière grise du matin qui traversait les rideaux. Il y avait un petit bureau, juste en face du lit, et une armoire dont l'une des portes était un miroir. Cette fille menue et de taille moyenne, le visage pâle et les cheveux bruns n'étaient tout autres que moi. De plus, j'étais chétive, une brindille s'écroulant au premier fil d'air qui me parvenait. Je n'aimais pas me voir. J'étais ce que je détestais : ordinaire. Mettant de côté mes idées sur la mocheté de mon reflet, j'y aspectai mon visage un court instant et soupira en voyant mes yeux bouffis. J'avais pleuré toute la nuit. Mes habits de la veille reposaient sur une chaise. En me dirigeant vers la porte, j'y vis un peignoir beige, mis à ma disposition, qui était suspendu à un crochet. Je l'enfilai timidement et descendu, pieds nus, les escaliers. L'impression que tout escalier avait une marche grinçante se confirma, dès lors. Le plus rageant étant que c'était l'avant-dernière.
- Bonjour.

Je relevai la tête et vis Cillian, planté devant moi, comme s'il m'avait attendu toute la nuit. Cette pensée me vola un sourire :
- Tu sembles de meilleure humeur qu'hier soir.
- ...Désolé, bredouillai-je.


Soudain, il saisit mon visage entre ses paumes tièdes et approcha le sien. J'écarquillai les yeux, devant son regard gris-bleu, lorsqu'il me murmura :
- Pourquoi t'excuses-tu ?
- P...parce que...bégayai-je, le souffle coupé.
- J'ai une faveur à te demander.


J'opinai légèrement, toujours prisonnière de ses mains. Il sourit et poursuivit :
- Ne pleure plus jamais.

Déconcertée, et ne tenant que sur le bord de la dernière marche de l'escalier, je trébuchai et m'agrippai à lui pour ne pas tomber. Je crois que cela lui fit plaisir car il sourit. Peut-être que l'idée que je puisse avoir eu besoin de lui, le réconfortait dans son rôle de scripte ? Je n'en savais trop rien. Comme d'habitude, je ne dis rien et baissa la tête. Mes mains encore agrippées à lui, je les dégageai subitement et soufflai :
- Dé...désolée.
- Cesse de t'excuser, m'ordonna-t-il avec douceur.
- Désolée.
- De quoi ?
- De m'excuser, dis-je.


Il éclata de rire et je retins un rictus en le voyant ainsi, me mordant la lèvre inférieure. Cillian se calma un moment, souleva mon menton et me dévisagea un instant. Son regard était empreint d'une telle douceur que je crus fondre une nouvelle fois en larmes – j'en ignore encore la raison. Il ajouta :
- J'aimerais que ton rire se joigne au mien.

Je me rappellerais toujours de la réponse qui je lui ai donnée. Il n'y avait que nous, au pied de cet escalier, le bruit de la pluie battante en fond. J'imagine que cet élan qui me prit, lui apprit alors ma volonté de fer : je souhaitais m'ouvrir à lui. Mais par-dessus tout, je souhaitais qu'il fasse partie de ma vie, de quelle que façon que ce soit.
- J'y travaille, murmurai-je d'une voix fluette.

Cette réponse le surprit et nous nous dévisageâmes longuement, lorsque Tante Beth vint nous interrompre :
- Liv ! Vous a-t-on réveillé ? demanda-t-elle avec inquiétude.
- Non, dis-je timidement. Non. Mais il...Il va falloir que je parte et...
- Je vous ai préparé des gaufres au sucre, me coupa-t-elle. Venez, il y a aussi du chocolat chaud.


Elle m'entraîna par la main mais Cillian ne nous suivit pas.Je m'arrêtai et me tourna vers lui. Pourquoi ne venait-il pas ? Pourquoi se dirigeait-il vers la porte ? Nous nous échangeâmes un regard. Aucun mot ne sortit de ma bouche, mais mon âme le suppliait de rester : « Où vas-tu ? Ne pars pas Cillian, je veux te connaître. Je veux rester avec toi. »
- Cillian nous rejoindra plus tard, répondit Tante Beth à mes pensées. Il n'en aura pas pour longtemps, ajouta-t-elle avec autorité en faveur de Liam.
- Oui, acquiesça-t-il amèrement. Je n'en ai pas pour longtemps. Je reviendrais pour le déjeuner. Oh ! J'oubliais : j'ai prévenue Jeff que tu étais malade aujourd'hui et lui ai priée de te laisser deux jours.
- Pourquoi ?
- Je pensais que tu voudrais te remettre de tes émotions, dit-il étonné, craignant d'avoir fait une erreur.
- Ah...Merci.
- Bien, Liv, venez, m'ordonna-t-elle en me tirant. Ne le retardons pas plus.

Je la suivis, tête baissée et laissa résonner le bruit de la porte derrière Cillian. Il était parti. Je le connaissais à peine et pourtant, une partie de moi s'envolait en son absence. A l'évidence, je tenais trop à lui pour que sa tante veuille que l'on soit ensemble.
- Ne m'en voulez pas, dit-elle brusquement. Je sais ce que cela fait d'être loin de son scripte les premiers jours, après la rencontre. Il vous semble indispensable, comme pour respirer. Vous y pensez nuit et jour, jusqu'à en oublier presque votre propre existence. Je veux vous habituer dès maintenant à ne pas vous accrocher à lui : il vous sera plus agréable de savourer sa présence après avoir contrôler votre sentiment d'abandon, vous verrez.
- Est-ce que ça s'en va au bout d'un moment ? demandai-je, intimidée.
- Non, jamais, répondit-elle avec mélancolie.


Je fus heureuse de l'apprendre. Je ne souhaitais pas me réveiller un matin avec une indifférence telle, que sa présence me lasserait. Pouvais-je me lasser de lui ? J'en doutais fortement. Elle rit légèrement à ma pensée et m'invita à la petite table.


A suivre.

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