Souffle de vie : épisode 6

Souffle de vie/ Heartless 6

Ce n'était pas une simple femme. Non, elle donnait l'impression d'avoir vu le monde se dévoiler sous ses yeux, assise sur un banc céleste où, de là, elle aurait traversé les âges et appris à nous connaître. Ce qui expliquerait pourquoi on se sent détendue en sa présence. Avec la certitude qu'elle nous connait déjà, depuis toujours et que chacune de nos pensées sont épiées par son regard qui lit notre âme, parmi tant d'autres. Le peu de secrets, de pudeur, d'intimité qu'on pouvait avoir lui appartenait désormais. Ils nous étaient volés d'un regard furtif. Le plus étonnant étant que cela ne vous indisposait pas pour autant. Je dirais même...que cela soulageait. C'est à ce moment-là qu'on se rend compte à quel point que la vie d'un homme n'est que mascarade, alourdie par des convenances, des règles qu'il faut respecter. La société nous configure comme il le souhaite: nous ne sommes que l'argile dont ils créent leurs sculptures, belles à leurs yeux et flattant leur orgueil. L'homme vit avec un masque qu'il considère peu à peu comme son visage et en oublie, par conséquent, qui il est vraiment.
La tante de Cillian, elle, le brisait. Elle nous ôtait ce poids qui ne nous avait jamais quitté. Une renaissance.
- Liv ?
- Hein ? sursautai-je.
- Tenez, me dit-elle en tendant une tasse de porcelaine.


Je la pris et la remerciai. J'hésitai à tremper mes lèvres dans le breuvage, distraite par mes pensées philosophiques et surtout, par cette femme inconnue. Cillian dût prendre cela pour de la gêne cr il s'empresse d'interpeller sa tante:
- Tante Beth, tu...

Elle l'arrête en levant la main et plonge ses yeux dans les miens. Un frisson parcourut tout mon corps, comme un courant d'air traversant mes vêtements. c'est d'une voix légère qu'elle souffle:
- Buvez pendant que c'est encore chaud.

J'exécutai comme un pantin dont elle tenait les ficelles, puis sentis le liquide précieux* s'écouler le long de ma gorge, puis ma poitrine et enfin, ce fût mon corps tout entier qui fût envahi par une vague de chaleur incandescente; sur son passage se déliaient les noeuds de mon esprit. vu le soupir que j'émis, il devait y en avoir beaucoup car Cillian me regardait amusé. Je me sentais fondre sur ce canapé, tellement j'étais épanouie, n'ayant même plus la force suffisante pour réfléchir à une éventuelle drogue que la vieille aurait p filer dans mon café.
- Non, il n'y a rien de nocif là dedans.

Je ne relevai même pas l'intervention subite de Beth, trop en extase pour céder à la stupeur.
- Bon, je crois que nous allons pouvoir parler maintenant, déclara-t-elle. Je vous écoute...
- Moi ?
- Oui...Vous avez certainement des questions à me poser ?


Pour sûr, j'en avais (la première qui vint à mon esprit était de savoir si cet homme fort séduisant était, par miracle, célibataire. Comme quoi, le thé n'avait pas des vertus thérapeutiques contre la futilité)
- Il vous le dira lui-même, rit-elle à cette pensée.

Cillian m'inspecta, déconcerté. J'en déduisis que Cillian était tout, sauf sûr de li. Je le regardais longuement. Je laissai Irma la voyante répondre à mes pensées, m'enfonçant dans cette paresse qui m'avait submergé.

- Cillian est un homme...spécial. Son grand père était comme lui, son oncle aussi: ils étaient ce qu'on appelle les victimes des mots, plus communément appelé les "scriptes". C'est une malédiction qui les condamnent à dépendre de leurs...ascendants, dirons-nous. Ils sont liées à une dizaine de personnes chacun, toutes réparties dans le monde. Parmi eux, deux sont les ascendants "uniques". j'étais l'une des ascendants uniques de mon mari.

Elle boit une gorgée de sa tasse. Ma curiosité, elle aussi, ne semblait pas avoir faibli.
- Enfin ! Le fait est que tu es l'un des ascendants de Cillian, et pour cause, nous devons nous assurer que tu comprennes bien de quoi il s'agit. Il y a certains risques éventuels à être un ascendant. Cillian dépend de toi maintenant. Un seul mot suffirait à le faire disparaître éternellement. Tu dois constamment faire attention à ce que tu lui dis ou souhaite.... Oui, en quelques sortes, il t'appartient mais il reste un homme toutefois. Tu en es responsable Liv, ce sont tes mots qui l'ont sauvé, juste eux.




* "Precious Liquids" de Louise Bourgeois, un clin d'oeil =p

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