Souffle de vie : épisode 5

Souffle de vie/ Heartless 5

-...Ne perdons pas de temps.

Il m'aida à me lever. Ma dépendance envers lui se raviva à notre contact quand je sentis ses mains brûlantes prendre les miennes. Ce n'était pas à cause du fait que je travaillais dans une morgue, ni que nous étions en hiver...Non, aucune excuse ne pouvait justifier une telle peau incandescente, totalement différente du premier que nous avions eu lorsque je l'avais effleuré. Non, sa peau était telle qu'il était inimaginable qu'un être puisse irradier la température d'un volcan.
Impossible. Néanmoins, c'est ce contact - ma main dans le creux de la sienne - qui scella notre lien . Cillian allait marquer un tournant à ma vie, il serait le centre du monde autour duquel je graviterais. Comme une étoile perdue qui aurait trouvé en lui, une raison suffisante de s'arrêter après avoir parcouru un univers sans aucun intérêt. En m'entraînant chez lui, il me faisait entrer dans sa vie, l'origine même de son existence, qui deviendrait ma raison de vivre.
Mais ça, je ne le savais pas encore.


*




J'aime Liverpool pour de multiples raisons, autre que ma naissance dans cette ville. Parmi celles-ci : les taxis. Le style victorien de nos véhicules si originaux et antiques, uniques en leur genre; leur convivialité et, surtout leur rapidité. Alors pourquoi avait-il fallu que, en présence de Cillian, le trajet fut d'une lenteur incomparable ?
Je priais pour éviter toute alternative gênante, comme le silence pesant qui nous oblige à combler le vide alors que nous n'avons rien à dire. Sauf que moi, je ne prenais pas cette peine, ce qui avait le don d'énerver mes interlocuteurs. Cillian ne fit pas exception à la règle. Mais, bizarrement, il ne montra aucun signe d'agacement et se contenta de remarquer:
- Tu étais plus bavarde quand j'étais mort.

Je rougis légèrement et le regardai en biais. Avait-il entendu ce que je lui avais raconté lorsque je le croyais mort ?Ainsi que la discussion que j'avais eu avec Jeff ?
- Je dois malheureusement reconnaître que Jeff avait raison sur un point: ne te vexe pas mais tu sembles plus sociable avec un mort qu'avec...
- Je sais ! le coupai-je brutalement. Et si ça ne te plaît pas, tant pis.


J'attendis un moment qu'il réagisse regrettant d'avoir été aussi agressive à son égard. Encore une fois, il me surprit en souriant, amusé de ma répartie plus qu' inattendue, visiblement:
- Et en plus, caractérielle ?
- Je ne suis pas carac...
- On on est arrivé ! s'exclame-t-il.


Le véhicule s'arrêta devant une petite maison anglaise de Sandson Street. Nous descendîmes puis je montai les marches du perron pendant qu'il réglait le chauffeur.
La nuit de l'hiver avait déjà recouvert Liverpool où scintillait les lumières des ruelles, et je ne pus m'empêcher d'être subjuguée à nouveau par sa beauté: ses yeux brillaient dans la pénombre et avaient le don de me faire oublier ma colère. Il me rejoignit peu après, posant sa main sur mon dos et j'en déduisis par son sourire et ses yeux rieurs, que notre différent n'avait plus d'importance. Je lui souris inconsciemment ce qui, du moins je l'espérais, lui fit oublier mon attitude dans le taxi. Je l'avais suivi sans poser aucun question et j'ignore si il aurait fallu une raison précise pour qu'on m'en empêche. Cillian devint soudainement sérieux. La faible lumière sur le porche éclairait son visage empreint d'une anxiété palpable.
Intriguée, je l'interrogeai du regard sans pour autant décrocher un mot. Il soupira puis m'expliqua:
- Tu vas sans doute trouver bizarre tout ce qui va suivre mais il faut que tu comprennes que tout cela te concerne aussi maintenant. J'aurais,vraiment voulu t'épargner cela. Je...

Il n'eut pas le temps de poursuivre sa phrase car sa tante nous ouvrit.
- C'est elle ? demanda-t-elle sans préambule mais avec une voix doucereuse.

Cillian opina légèrement. Je dévisageai cette vieille femme menue et chaleureuse. Ses petits yeux noisettes et son nez retroussé reflétait une âme pure et enfantine. Je ne saurais expliquer pourquoi mais il émanait d'elle une profonde sensation de bien être aussi forte que celle de Cillian.
- Entrez Liv, entrez, m'invite-t-elle avec joie.

Je la suivis, Cillian sur mes talons, jusque dans le salon. Une odeur de rose flottait dans la pièce ornée de tableaux paysagistes. En face d'un canapé en cuir rouge encadrés par deux petites lampes murales, se trouvait une cheminée allumée. Je restai un moment immobile et pris conscience de la présence de mes hôtes lorsque l'homme brun m'invita à m'assoir. Je remarquai alors les deux grandes bibliothèques disposées de chaque côté de la cheminée. Elles contenaient des livres anciens et délabrés à première vue. Je sentis l'odeur de pâtisserie provenant de la cuisine. Calée contre le dossier, je commençai à douter de la situation, tardivement je l'avoue mais tout de même: un mort s'était réveillé devant moi et maintenant je le suivais jusque chez lui alors que je ne le connaissais même pas. De plus Cillian restait un homme dépourvu de coeur, et pourtant il était difficile de croire que, ce matin encore, je l'auscultai.
La vieille femme revient avec du thé et de mets confectionnées par ses soins. Elle semblait pensive, sans pour autant faire disparaître son sourire sur ses lèves fines et ridées. Je retrouvai la fossette et la lueur bienveillante des yeux du jeune homme, en elle. Je me rappelle avoir été surprise par sa longue natte châtain qui lui arrivait jusqu'aux hanches. Je crois que c'est cette natte et d'autres détails, qui attira mon attention.



A suivre .

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