Souffle de vie : épisode 4

 Souffle de vie 4




- Oups ! Vraiment désolé.

- P...pas grave, dis-je en dissimulant mon visage derrière mes mains.
- Tu ne facilites vraiment pas les choses, tu sais.
- Euh...tu...Non, ce n'est pas possible. Tu es...vous êtes...mort enfin !
- Pas tant que ça visiblement, rit-il.


Son sourire lui creusait une petite fossette aux coins des lèvres, tandis qu'il essayait de me détendre. ME DETEN DRE. Un homme à la poitrine ouverte, sans coeur, vêtu d'un drap, se trouvait à quelques mètres de moi, debout et souriant. Son teint semblait même reprendre des couleurs.
- Co...Comment est-ce possible ?
- Ecoutez, je peux tout vous expliquer mais il serait mieux que nous en parlions chez moi, me conseilla-t-il.


Outre le fait de voir un mort se réveiller, sa voix m'apaisa et je ne pris pas longtemps avant de lui faire confiance. Il n'y avait aucune explication rationnelle à tout cela et je me doutais que son histoire dépasserait les limites du raisonnable. Rien que je ne avais pu rencontrer auparavant.
Et c'est ça qui m'attirait.
Dans une vie aussi ordinaire que la mienne, allait s'ajouter une histoire hors du commun - et je priais pour tout cela ne soit pas un rêve. Ma respiration se calma à cette réflexion, la peur laissant place à la curiosité morbide de savoir ce que tout cela signifiait. J'allais entrer dans un univers insoupçonné; je le sentais. Cillian McEwan en était la clé. Sans un mot, j'opinai tout en le fixant avec incompréhension:
- Très bien, dit-il. Je vois que tu as repris ton calme. Bon, pour commencer il me faut un téléphone. Tu en aurais un, s'il te plaît ?

Je pointai du doigt le téléphone accroché au mur comme un témoin confirmant la présence du coupable dans une salle d'audience. Ridicule. Il s'éloigna en direction de l'appareil lorsque je bredouillai:
- Vous...la blouse...vous devriez...
- Oh ! Réalisa-t-il gêné. C'est vrai.


Il se saisit de la blouse de Jeff suspendu au portemanteau, un peu trop large pour lui, et quitta le drap qui entourait sa taille. J'essayai de me relever mais mes jambes ne répondaient plus - sans doute parce qu'elles l'admiraient, elles aussi.
Son coup de fil dura dix minutes dans une langue latine, italien je crois. Je remarquai avec stupeur que le ton de leur conversation était monotone, presque lassé d'une routine qui consistait au réveil d'un mort en présence d'une petite employée dans une morgue. Mais bien sûr, Liv, c'est courrant ce genre de choses, actualises-toi !
- C'est bon, m'interrompit-il dans mes pensées. Je l'ai prévenue. Tu as une voiture ?
Je hochai la tête.
- Je vois, je vais appeler un taxi.


Sa décontraction ambiante me subjuguait et à la fois m'enrageait. Je n'osais même pas songer à l'image que je devais lui donner. Peut-être celle d'un légume avec une touffe en guise de cheveux. En tout cas, rien de comparable à sa divine beauté, c'est évident. Il fallait que je me lève, il le fallait. L'homme vint vers moi - tandis que mes songes s'égaraient dans le désir pervers de voir son corps mythique derrière sa blouse - et me murmurai:
- Tu dois être paumée, hein ?
- Non, mentis-je.

Il me fixa un long moment avec un sourire narquois.
- Okay, totalement.
- Et j'en suis désolé, encore une fois, ajouta-t-il. Ah ! Si seulement les gens ne parlaient pas à la va-vite.


Ah ! Maintenant il voulait que je sois muette ? De mieux en mieux. Pas très difficile dans mon cas, cela dit.

- ...Mais tu ne pouvais pas savoir, reprit-il. Et, de toute évidence, il est clair que le mal est déjà fait. Tu vas venir avec moi, Tante Beth mieux que moi ce qu'il en est. Enfin, cela faisait un moment que nous n'avions pas été confronté à ce genre de situation. Précisément depuis que...

Il s'arrêta brusquement, le regard sombre. Le désir de savoir la fin de sa phrase me rongeait avec ardeur mais je dus me résoudre au silence. Vous savez, comme lors d'un enterrement, entre "toutes mes condoléances" et "je suis vraiment désolée", vous tueriez pour savoir la raison de la mort du défunt. Une curiosité malsaine mais tellement fréquente. Je n'osais imaginer le nombre de personnes qui attendait d'enterrer Cillian alors que celui-ci me parlait en ce moment même.
- Pourquoi tu ris ? demanda-t-il intrigué.
- Euh - quelle interjection magnifiquement intellectuelle pour combler le vide auparavant ! - rien. Juste...des gens vous croient mort à l'heure qu'il est.
- J'ai l'habitude, rit-il amusé. Tiens, il me semble que le taxi est arrivé. Ne perdons pas de temps, allons-y.

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