Souffle de vie: épisode 20

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....Mais, ce n’est plus le cas maintenant.

 

-         Est-ce que ça va ?

-         Hein ! sursautai-je. Euh…oui.

-         Tu es tellement pensive, dit-il tendrement, je crois que tu ne peux pas t’en passer.

-         De quoi te plains-tu ? le taquinai-je. De toute façon, tu peux lire en moi.

-         J’avoue, reprit-il, que grâce à cette nouvelle opportunité, je croyais enfin pouvoir te comprendre. Mais, il y a des pensées qui me sont indescriptibles.

 

Je réfléchis un moment. Fouillant dans son placard, le jeune homme brun me tournait le dos à la recherche d’un habit. Au bout d’un moment, persuader qu’il l’ait déjà entendu, je lui demandai malgré tout, timidement :

-         Est-ce que tu…Enfin, est-ce que Neilia et toi vous… ?

-         Non, me répondit-il.

-         Ah. Hum, je te demande ça par simple curiosité, bien sûr. Enfin, tu sais hier, quand tu es venu dans mon rêve…J’ai vu comment ta mère…

-         Je sais.

-         Ca ne veut rien dire pour moi, le rassurai-je, tant bien que mal. Je tiens quand même à ce que tu m’en parles si tu le veux vraiment. Voir cela à ton insu, n’était pas mon but.

 

Il se retourna vers moi et me sourit tendrement :

-         Merci Liv.

 

Je lui souris gentiment et m’allongeai sur son lit. Cillian ôta son haut qu’il jeta négligemment sur une chaise et se baissa pour chercher à nouveau dans un tiroir. Du coin de l’œil, je pus découvrir avec stupéfaction la beauté de son corps. Bien sûr, je l’avais déjà aperçu auparavant, blême et froid. Mais peut-être est-ce simplement le fait de le voir en mouvement qui me surprit ? En tout cas, je pus admirer une nouvelle fois, les traits dessinant les muscles de son dos ainsi que ceux de ses bras, raffermis. Digne d’une statue grec, Apollon demeurait un mythe à côté de lui. Sa peau légèrement ambrée se détachait de cette chevelure noire et brillante. Je n’avais jamais vu un homme aussi beau, à la limite du commun des mortels, je veux dire. Mais, Cillian n’avait rien de commun et, si tenter qu’il en soit un, l’humain qui faisait parti de lui ne suffisait pas éclipser cette idée indéniable qu’il ne faisait pas parti de ce monde. Ni du mien. C’est là que la frontière me séparant de lui, était presque palpable. Insignifiante que j’étais, je le regardais comme un tableau dont je ne faisais pas partie, spectatrice d’une scène qui n’avait aucun lien avec moi. Et cela à un tel point, que j’en oubliais que nous étions dans la même pièce. Je soupirai et détournai le regard vers la fenêtre à travers laquelle j’apercevais la lueur du soleil matinal, à la forme indéfini derrière la buée. Je fermai les yeux un moment, m’accordant une brève halte dans cette vie au rythme effréné que je menais entre deux mondes différents. Soudain, je sentis  agréablement sa chaleur au-dessus de moi, laissant ses baisers parcourir le creux de mon cou. Les yeux clos, je le laissais ouvrir ma chemise avec délicatesse, sans bouger. Je savourais. Sa bouche effleura ma peau, continuant son chemin de mon cou jusqu’à mon nombril. Je mordais ma lèvre inférieure à sang, sous une telle excitation, consciente de ce qui suivrait. Lorsque enfin j’ouvris les yeux, il ne me laissa même pas le temps d’un souffle que ses lèvres rencontrèrent les miennes. J’entourai mes bras autour de son cou, l’embrassant langoureusement, signe d’une patience à toute épreuve. Il ne tarda pas plus longtemps, souriant malicieusement entre deux baisers, pour enfin devenir mien.

 

-         Liv, tu ne m’as jamais parlé de ta famille.

-         Ma famille ? demandai-je entre ses bras.

-         Oui.

 

Il n’y avait rien à dire dessus. Elle se résumait principalement à ma mère de toute façon. Mon père, je ne le connais pas. Je n’ai jamais été très proche de ma famille. Mes cousins et cousines n’aimaient pas venir à la maison car mon existence était pour eux, synonyme d’un ennui fulgurant. Quant à mon oncle et ma tante, je ne leur adressais plus un mot depuis qu’ils avaient tué mon chat en faisant marche arrière avec leur voiture. J’étais devenue cette petite fille dans les films d’horreur, regard froid et visage neutre, membre de la famille qu’on voulait à tout prix éviter. Mais, ma mère ne s’en est jamais plainte, trimballant le statut de femme ayant été engrossée, sans époux. Parfois, je la dévisageais longuement, détaillant ses yeux noirs remplis de chagrin.

Ma famille, c’était elle et moi. Et ça me suffisait, tout comme aujourd’hui d’ailleurs. Je me rappellerais toujours du jour où, en sortant de l’école, j’étais partie dans un parc avec mon sac, décidée à laisser ma mère refaire sa vie. J’étais persuadée que sans moi, elle serait heureuse car la voir ainsi, me rendait triste. Et puis, lorsque finalement un voisin m’a ramené à la maison en me disant qu’elle me cherchait partout, je l’ai retrouvé sur l’escalier du petit perron. Assise sur la deuxième marche fissurée, elle m’attendait avec mon nounours sur ses genoux, pleurant à chaudes larmes. C’est en me voyant, qu’elle a sourit, un sourire dont je me souviens encore. Dès lors, j’ai compris que j’étais aussi sa seule famille, ou du moins, celle qui comptait le plus pour elle.

C’est étrange comme certains moments de notre vie, sont marqués par des sentiments jamais révélés auparavant. Enfin, je pris conscience que Cillian m’entendait lorsqu’il resserra son étreinte autour de moi, tous deux dans son lit. Il ne me demanda pas autre chose et se contenta de rester silencieux en me gardant près de lui.

 

J’étais devenue aveugle.

Aveugle car ma vision se limitait à Cillian et moi. Allez au travail était devenu une peine inimaginable, dans l’attente de le revoir le soir même. Mais il fallut bien abandonner mes songes lorsque Jeff m’annonça la nouvelle :

- Liv, je te présente l’inspecteur Red.

- Bonjour, fit l’homme en costume noir.

 

C’était un jeune homme, un peu plus vieux que Cillian et blond. Il n’avait pas la carrure des officiers de police que l’on voit souvent. Ce n’était pas  de la crainte qu’il inspirait, mais de la méfiance. Il était plutôt sournois. Un semblant de sympathie se traduisait chez lui par un sourire en coin. Le visage oblong, ses sourcils arqués ne m’inspiraient confiance. Je me contentai d’incliner la tête pour le saluer. Il alluma une cigarette, en fuma une bouffée, et commença en marchant vers moi :

-         Treize cadavres retrouvés sans cœur, de sexe masculin, tous opérer de la même façon, sans aucun point commun. Mise à part leurs yeux et le mode opératoire utilisé par le tueur…Mes supérieures et moi-même pensons que le tueur est une femme, Liv. L’ennui est que l’on nous a rapporté une certaine information.

 

Il me fixa droit dans les yeux. Je ne cillai pas et restai muette. Intrigué, il me continua :

-         Vous ne me demandez pas laquelle ?

-         Je pensai que vous me la diriez vous-même, répondis-je innocemment.

 

Crétin. Il laissa échapper un petit rire nerveux et poursuivit :

-         Il n’y a pas treize cadavres…mais quatorze.

 

Je sentis mes joues devenir écarlates, et soutins son regard inquisiteur.

-         Il s’agit même du premier corps, ce qui pourrait nous aider à approfondir le profil du meurtrier. Ou devrais-je dire : de la meurtrière.

-         Pardon Mr. Red, l’interrompis-je. Je comprends tout ce que vous dites, cela semble logique…Mais en quoi cela me concerne-t-il ?

-         C’est à vous de me le dire, rétorqua l’inspecteur en se penchant sur moi. Ne vous souvenez-vous pas d’avoir ausculter un certain…Cillian McEwan ?

 

Mon cœur fit un bond. Je tentai de rester calme, et répondis calmement :

-         Peut-être…J’avoue ne pas connaître par cœur les noms des cadavres de cette morgue, Mr. Red.

-         Appelez-moi Clay.

-         Mr. Clay, me moquai-je.

-         Vous arrive-t-il de perdre des cadavres, mademoiselle Liv ?

-         Je ne fais que mon travail, et les range dans ces compartiments. Rien de plus.

-         Pourtant, votre patron semble dire que vous êtes la dernière à l’avoir vu.

 

Je tournai la tête vers Jeff qui déglutit bruyamment, sa jugulaire invisible sous son double menton pendant, et le fusillai du regard. Puis, je reportai mon attention sur Clay, qui me dévisageait en souriant sournoisement.

-         Vous auriez une photo ? demandai-je.

 

L’inspecteur fut décontenancé par ma demande, et fronça les sourcils. Il tourna les talons et alla chercher dans son long manteau noir. Après quelques minutes, il sortit de sa poche une photo chiffonnée de l’ancien cadavre de Cillian, et me la tendit. Je la pris des deux mains et la regarda en silence, neutre. Tous les regards étaient braqués sur moi, quoique Jeff devait être sur le point de faire dans son pantalon. Revoir le corps de Cillian aussi pâle me surprit, moi qui le voyait en permanence, bien vivant et me serrant dans ses bras. Il n’en restait pas moins beau.

-         Il est beau, commentai-je.

 

Une fois encore, Clay fronça les sourcils. Il n’arrivait pas à déceler ce que je pensai. Jeff ricana nerveusement, se retenant de sortir une blague aussi vaseuse que sa bedaine.

-         Je n’ai pas le souvenir d’avoir fait quelque chose d’inhabituelle pour ce corps, dis-je en rendant la photo. Désolé.

 

Clay reprit la photo qu’il regarda à son tour, avant de reporter ses yeux sur moi. Je continuai d’afficher un visage neutre et innocent, ce qui semblait l’irriter. Il se dirigea vers son manteau qu’il enfila, et acheva :

-         Je reviendrai certainement.

-         Oh…euh, bien sûr, Mr. Red, bafouilla Jeff. N’hésitez pas.

 

L’homme blond se dirigea vers la porte et jeta un œil sur moi une dernière fois. Il allait me traquer, moi, jusqu’à sa dernière once de vie. Je le savais.

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