Souffle de vie : épisode 2

 Sans Titre 2 xD Mais merde ! un titre pitié !


Quel plaisir
cela fut de retrouver mon espace vital ! C'est comme si Jeff avait aspiré tout mon oxygène et que, maintenant, je savourais le goût délectable de l'air revenu. Cette étape était la plus harassante de la journée: Jeff.
Un sourire s'esquissa derrière mon col que je rabaissai, avec une reconnaissance éternelle de m'avoir épargné l'odeur fétide de l'haleine de mon patron. Je me mis au travail enfin, réajustant ma blouse blanche, et me mis à parcourir la fiche de notre ami de l'au-delà. Je m'avançais vers mon lecteur CD, l'allumai de ma main libre et sélectionnai "Everyday is exactly the same" avant de la mettre en route. Cela me détendait d'avoir un fond sonore lorsque je me mettais au "travail".
Jeff n'avait pas tort sur un point: j'étais seule. Ou plutôt, je faisais tout pour l'être. Je n'avais pas vraiment d'amis mais juste des connaissances ayant le privilège que je me souvienne de leurs noms. Des "Bonjour à certains personnes ne constituent pas en soi une sorte d'entourage quelconque; et je crois que les rares gens voulant me connaître, se sont heurtés pour la plupart à un mur, un silence de plomb ou une syllabe en guise de réponse. Les moins aimables se sont contenté de leur monologue, vexé par mon mutisme légendaire.
Bref, je ne parle pas beaucoup, c'est un fait. Mais quand bien même je n'ai pas de vie sociale, proprement dite, il est rare qu'on entende ma voix. Le plus drôle étant que je parle aisément aux morts qui m'entourent à longueur de journée, sans me soucier pour autant d'avoir une réponse. J'ignore pourquoi mais leur parler est presque thérapeutique. Je leur parle de moi, de ma mère, de mes questions existentielles, de mes souhaits, de mes peurs, de ma vie...Avec la satisfaction spirituelle d'apporter à leur mort un dernier souffle d'existence, histoire qu'il croise un dernier individu en vie avant de terminer sous terre ou dans une boîte à chaussures.
Bref, aujourd'hui s'ajoutait un nouvel inconnu à l'écoute de mes pensées. J'augmentai le son et enfilai mes gants. Cillian: quel drôle de nom, tout de même ! Néanmoins, cela lui allait bien, du peu que j'avais vu étant que j'avais subit Jeff sans avoir pu lui jeter un coup d'oeil - Peut-on juger un homme sur ses pieds ? Jusqu'alors, c'était les seules choses que j'ai vues de lui. Ma foi, je n'étais pas habituée à voir de telles personnes, habituée au troisième âge la plupart du temps, ou à quelques adultes malchanceux. J'avoue que Jeff faisait ses meilleures blagues quand il s'agissait d'adolescent s'étant suicidé pour une place de concert complet - l'occasion pour moi de connaître diverses formes de piercing à divers endroits...
Enfin, ce Cillian marquait une nouvelle espèce: le bel homme, une espèce rarissime car il a tendance à jouir pleinement de la vie - en tout point, ça va sans dire. Il n'était pas de ces beautés prétentieuses, destinées à terminer dans la presse ou sous les projecteurs pour devenir l'image du sex symbol poursuivi par des groupies déchaînées.
Non, c'était une beauté discrète comme une fleur sous la pluie, ni extravagante, ni recherché, juste une preuve que la nature façonnait l'homme à son image: modeste et belle.
Décrire avec des mots le sentiment que j'ai pu ressentir en le voyant, serait assez compliqué. Emerveillée, je détaillai son visage cerné par de longs cheveux de jais jusqu'à sa nuque, sur sa peau ambrée que le souffle funeste s'était éclairci pour la rendre beige. Outre la blessure à son cour, son torse et ses muscles étaient affermis et saillant sans pour autant déformé sa silhouette svelte, semblait-il. Il avait des trais fins, avec un long nez fin et des lèvres minces, sa mâchoire couverte d'une légère barbe naissante que l'on pouvait sentir sous la peau de nos doigts. Je m'y risquai et fus surprise par la froideur de ce contact.
- Désolé, m'excusai-je, c'était impoli de ma part.

Sur ce, je réenfilai mon gant afin d'examiner la blessure. Comme je l'avais pressenti. La coupure était nette, exécutée avec minutie et habilité. J'agrandi l'ouverture et découvris l'anormalité dont il était question: le vide. Là où battait son coeur, ressentait toutes les émotions de la vie: palpiter de peur, s'emballer d'amour, s'apaiser de bonheur et suffoquer de tristesse; il n'y avait rien. Un coeur est le centre même du symbolisme de la vie, il reste le témoin des choses qui font que notre existence diffère de la mort. Je restai stupéfaite par ce creux présent, incapable de détourner le regard...



A suivre

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