Souffle de vie: épisode 19

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Exténuée après les journées à la morgue avec Jeff, surtout lorsque je m’efforçais d’être naturelle devant ses suspicions sur la disparition du cadavre de Cillian ; je n’avais plus la force de créer un bouclier contre l’esprit fourbe de mon petit ami.

-         Moi, fourbe ?!

-         Oui ! m’exclamai-je agacée.

 

J’ôtai mon manteau dans le hall d’entrée. Depuis un moment maintenant, je n’allai plus chez moi sauf en cas de nécessité pour des documents ou autre, ou écouter les rares messages que je pouvais recevoir. J’étais tellement habituée à la demeure chaleureuse de Tante Beth que revenir dans mon appartement, devenait pénible. Il me rappelait ma vie ordinaire d’avant, et me forçai à me souvenir de cet incident qu’il y eut avec Cillian.

-         Tu m’en veux vraiment ?

-         Tu connais déjà la réponse, non ? le narguai-je.

-         Ouais…Enfin, comment ça se passe avec Jeff et l’enquêteur ?

-         J’en sais trop rien, dis-je, mais voir des cadavres sans cœur, s’accumuler au fur et à mesure, ça fait peur.

-         Tu devrais t’éloigner de là-bas quelque temps, songea-t-il.

-         Pour que tu ais la possibilité de lire mes pensées 24h/24 ?! m’étonnai-je. Non, merci.

-         Je suis sérieux Liv, s’inquiéta-t-il en me prenant dans ses bras. Je n’aime pas te savoir dans ces affaires. Et non, ce n’est pas parce que j’ai peur qu’on nous découvre !

 

Je rougis et tentai de briser son étreinte mais il me tenait fermement. Quelle poisse ! Même mes pensées les plus stupides, il les entendait. Nous étions au deuxième jour, et je sentais que je n’allais pas tenir le coup. Peut-être devais-je m’exiler à l’appartement.

-         N’y penses même pas, rit-il légèrement.

 

Ouais. De toute façon, je ne supporterais pas un nouveau retour aussi brusque à la vie quotidienne. Et puis, j’avais appris à contrôler mes pleures, ce n’était pas utile de tenter le diable à nouveau. Quoiqu’à cet instant, le seul diable que je voyais, était celui qui me tenait dans ses bras. Aussi tendre soit-il, il fallait que je me souvienne que son aspect diablotin ne venait pas que de la chaleur enivrante de sa peau.

Il rit légèrement.

-         Tu m’as entendu, pas vrai ? vociférai-je.

-         Je te laissais méditer en paix, rit-il, c’est plus facile pour moi de savoir ce que tu penses. Alors comme ça, ma peau est enivrante ?

-         Rah ! Tu m’énerves !

 

Je m’écartai de lui et allai m’enfermer dans ma chambre. Insupportable.

 

*

 

Cette nuit, je ne dormis pas.

Tout comme les nuits précédentes d’ailleurs. Je ne l’avais pas dit à Cillian, ni penser, mais Neilia hantait mes nuits. Ce n’est pas que j’en avais peur, mais l’envie pressante de la pulvériser à notre prochaine rencontre – car j’étais sûre qu’il y en aurait une – me démangeait. L’idée qu’elle ait pu faire souffrir Cillian, ou pire, qu’elle ait abusé de sa gentillesse pour l’exploiter, m’enrageait. Mais la succession de ces nuits blanches, m’attirait les sous-entendus les plus salaces de Jeff, persuader que je m’amusais seule ou avec un ami de longue date. Ce diplômé de la perversité aurait subit de sacrés supplices, s’il avait été mon scripte. Enfin, en ce qui me concernait, j’avais peur de connaître les circonstances de la rencontre entre Neilia et lui. Si ça se trouve, leur relation avait débuté avec une histoire d’amour passionnée qui, après plusieurs conflits, avait fait grandir en Neilia une haine sans pareille. Qui sait, elle devait l’aimer autant que moi – pas difficile en soit, pour une femme normalement constituée. J’avais connu des hommes dans ma vie. Peu, c’est vrai, mais tout de même. Et, bien que cela soit cruel à dire, leurs souvenirs partaient en fumée en présence de Cillian, et n’avaient plus aucune importance à mes yeux. Pourtant, je les ai aimé chacun à ma façon mais jamais comme lui. Le sentiment que j’éprouvais pour eux ressemblait plus à une bonne entente, plutôt qu’à un amour véritable. C’est triste à dire, mais c’est comme ça.

Le bruit des vagues couvrait mon murmure. Pourtant, c’est la bouche ouverte que je découvre avec stupeur le jeune homme, habillée lui aussi d’une tunique noire, avec un col V échancré, accompagné d’un bas en toile assorti.

-         Ne t’énerve pas, dit-il en s’approchant de moi.

-         Mais comment veux-tu que je ne m’énerve pas alors que… ?

 

Soudain, le paysage devint flou, abîmant mes yeux. Je me tus et laissa Cillian m’expliquer :

-         Tu vois pourquoi je ne voulais pas tu t’énerves ?

 

Je ne dis rien et lui tournai le dos, face à la mer. J’étais sincèrement fâchée qu’il se soit incrusté comme ça dans mon espace vital. Cet endroit me procurait le calme, une sérénité où je venais puiser mes ressources pour ne pas devenir folle par moment.

-         Tu sais comment je suis venu ici ? me crie-t-il.

-        

-         Je pensais à toi. Je n’ai pas cherché à te rejoindre, je sais ce que ce lieu représente pour toi. Je suis arrivé ici par mégarde.

 

Soudain, je sentis ses bras entourés ma taille, et me retrouvai adossé contre son torse. Je cédai, consciente que m’énerver me fatiguerait, et m’efforçai de m’évader. Ma foi, qu’il soit là rendait la chose encore plus agréable. Cependant, nos âmes semblaient se livrer, entremêlées par notre étreinte et je crus lire en lui plus comme je ne l’avais jamais fait auparavant. Ce que je vis, ou sentis, c’était une tristesse infinie, un enfant malheureux me serrait contre lui à cet instant. Pas un homme, juste un enfant en souffrance. J’eus les larmes aux yeux en visitant son âme meurtrie depuis bien longtemps, regardant défiler certaines images de son passé. Une belle femme aux cheveux d’ébène y figurait, le regard bienveillant, chantant une douce mélodie. Celle que je lui avais chanter.

Soudain, j’assistai à une scène enfouie au fond de lui, sombre et maussade. Cillian m’avait menti sur la mort de sa mère, et je venais de comprendre pourquoi.

 

-         J’ai envie de sortir aujourd’hui.

 

Je regardai Cillian, perplexe. Il me sourit et termina son café avant de se lever.

-         Ce n’est pas parce que je suis un scripte qu’il faut que nous soyons enfermés ici. Après tout…on est un couple, non ?

 

Je rougis légèrement, avalant de travers le fond de ma tasse. Bien sûr, la nature de notre relation avait pris une tournure différente mais jamais nous l’avions exprimée de façon aussi explicite. Et puis, l’idée de s’afficher en public avec lui, n’était pas une chose que j’attendais avec impatience. La plupart des gens se demanderaient comment une femme comme moi pouvait être avec lui.

-         Si c’est de ça que tu as peur, rit-il.

-         Oh, j’avais oublié ce détail, soupirai-je, morose.

-         Ecoutes, si tu ne veux pas y aller, je ne te forcerais pas.

-         Non, me rattrapai-je. Ca ne me dérange pas, c’est juste que je ne sors pas beaucoup, en temps normal. Avant toi, ma vie reposait sur le rythme « boulot, dodo ». Rien de plus. Alors, il est vrai que j’ai quelques appréhensions à l’idée de sortir. Mais, je t’aime…Alors, pourquoi pas.

-         Wouah…laissa-t-il échapper.

-         Quoi ?

-         C’est la première fois que tu te déclares ainsi, s’étonna-t-il. Jamais, je ne t’ai vu te livrer de cette manière.

 

« Moi non plus », pensai-je. Il n’était pas dans mon habitude de livrer mes sentiments, même à ma famille. Alors, voir les autres ! Pourtant, ça me faisait du bien de dire ce que je pensais sans en avoir honte par la suite. Peut-être est-ce ça, la confiance en soi ?

Je mis ma tasse dans l’évier, veillant à ne pas réveiller Tante Beth qui s’était endormi à l’étage, puis suivis Cillian qui m’invita dans sa chambre – qu’il désertait depuis peu en dormant avec moi.

Assise sur son lit, il changea de vêtement devant moi le plus naturellement du monde. Enfin, c’était surtout moi qui me sentait gêner pour un rien. Cela faisait moins d’une semaine que nous étions ensemble, et je vivais ça comme une libération nouvelle. Je changeais, pas parce que j’étais son ascendante, mais juste parce que j’étais confronté à des obstacles qui m’obligeaient à me surpasser. Et puis, il y a lui, dans tout ça. Si je ne l’avais pas rencontré, je serais toujours chez moi en train de plonger mon nez dans un bouquin sans aucune intrigue, avec pour compagnie mon inlassable solitude, devenue ma colocataire depuis des années. Mais, ce n’est plus le cas maintenant.

 

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