Souffle de vie: épisode 18

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Le Bonheur.

Certes, j’avais encore le bras bandé et le nez un peu gonflé, mais j’étais heureuse. Cependant, la notion du bonheur nous échappe lorsqu’on se retrouve devant la glace à se contempler. Tous nos défauts réapparaissent, dotés d’une proéminence que seuls nos yeux voient. Alors qu’aux yeux des autres :

-         Tu es magnifique.

 

Je le regardai avec des yeux de merlan fris. Non que ses compliments m’aient déplu, mais il me semblait évident que j’étais loin d’être une beauté fatale sous ce sweat noir et ce jean délavée. Il rit aux éclats en voyant ma tête et continua, allongé sur mon lit :

-         Tu te dénigres toujours autant à ce que je vois. Tu as une piètre opinion de toi mais, au moins, tu parles.

-         Considères ça comme un miracle, car même mes morts ont droit à plus de conversation que ça et personne n’a su me décrocher plus de deux morts…enfin, deux mots, avant toi.

-         Lapsus révélateur, me taquina-t-il. Parfois, je me demande si tu ne me préférais pas mort.

-         Non, mais ça va pas ! m’écris-je, outrée.

 

Le jeune homme rit une nouvelle fois devant une réaction aussi vive. Je le regardai, toujours émerveillée par sa beauté, assise sur le plancher en train de recoudre mes précieux haillons.

Au fond, j’étais bien heureuse qu’il ne sache pas lire dans mes pensées, mais peut-être aurait-il pu comprendre mieux l’ampleur de mes sentiments par ce biais. Et puis, je ne savais toujours pas si mon obsession pour lui était due au fait que je sois son ascendante. Dès lors, ce pouvoir ne m’avait servi qu’à lui ordonner de faire la vaisselle à ma place – tu parles d’un abus de pouvoir.

Ses compliments me gênaient car il m’était impossible de concevoir que Cillian puisse s’intéresser à moi pour ce que je suis. Admettons-le, si je n’avais pas été son ascendante, il n’aurait jamais fait attention à moi... Quoiqu’il aurait eu du mal le pauvre, vu qu’il était plus ou moins mort.

-         L’ennui, remarqua-t-il, est que tu es plus pensive que tu ne parles. J’aimerais lire dans tes pensées parfois.

-         Ne compte pas sur moi pour t’accorder une telle permission, dis-je avec un semblant d’autorité.

-         Je serais curieux de voir comment tu compterais me l’accorder.

-         Eh bien, expliquai-je, c’est comme si je te disais : Cillian, je t’autorise à lire dans mon plus profond subconscient…Ah ! Tu imagines un peu si…

 

Je m’arrêtai subitement et me tournai vers lui. Le regard malicieux, il me vola un baiser et souffla : « Merci, mon amour ! », l’air triomphant avant de s’en aller.

Qu’est-ce que j’avais fait ?

 

*

 

« Il m’arrive encore de parler plus que je ne le devrais, me retrouvant alors dans des situations étranges et incongrues. Enfin, c’est plutôt John qui en est victime, étant donné qu’il subit mes mots. L’ennui étant qu’il faut respecter un délai d’une semaine avant de pouvoir remettre les choses en place.

Au début, je croyais naïvement qu’on pouvait réparer nos dégâts juste après, mais il est vrai que les scriptes ne font pas office d’interrupteur : on ne peut pas changer nos dires à tout va, surtout pour un ascendant versatile. Ce qui explique pourquoi John s’est retrouvé en labrador durant une semaine.

Mais, oserais-je le dire, il n’a jamais été aussi mignon et obéissant !

 

Enfin, trêve de plaisanteries : surveillez vos mots. Cela vous évitera des étourderies de ce genre.

 

Elizabeth. »

 

-         Ah, te voilà ! s’exclama Tante Beth. Ton poulet allait refroidir.

 

Je vins m’asseoir à la table, le visage marqué par le désarroi. Cillian se retenait de rire, et même sa beauté ne suffit pas à repousser mes craintes. Tante Beth, certainement après avoir lu mes pensées, déclara de sa voix doucereuse:

-         Vous goûtez aux aléas de la vie d’ascendante, ma chère Liv.

-         Il y en a des plus amers, soupirai-je.

-         Allons, ce n’est qu’une semaine, me rassura-t-elle. Vos pensées sont-elles aussi gênantes que ça ?

-         Ne faites pas comme si vous l’ignoriez, grognai-je en mangeant.

-         Je ne tarderai pas à le découvrir, ricana mon ennemi psychique. Si tu commençais par arrêter de penser « poulet », je souhaiterai m’amuser un peu.

-         Je te déteste, vociférai-je.

-         Tu ne le penses pas, répondit-il, le sourire aux lèvres.

-         Oh, comment le sais-tu ? A croire que ce sacré Cillian lit dans mes pensées, dis-je sarcastique.

 

Il rit avec sa tante, satisfait de voir ma…

-         Frustration ?

-         Arrête ça, dis-je, énervée. De toute manière, je ne comprends pas pourquoi tu tiens tellement à connaître mes pensées.

-         Tu es énigmatique, expliqua-t-il sérieusement, un vrai mystère pour moi. J’aime savoir que, durant une semaine, j’apprendrais à te connaître.

-         Tu me connais déjà ! m’indignai-je.

-         Seulement ce que tu acceptes de me dire.

-         C’est injuste, il y a beaucoup de choses que tu ne me dis pas et je ne vais pas traquer tes pensées pour autant.

 

Il médita un moment, indifférent devant ma colère, puis décréta :

-         D’accord, je répondrais à toutes les questions que tu me poseras cette semaine.

-         Toutes ? insistai-je.

-         Toutes.

-         Sans exceptions, ni crises, ni excuses ?

-         Je ne me croyais pas aussi difficile…mais oui. Ne fais pas semblant de réfléchir, je sais que tu es déjà d’accord.

 

Je le fusillai du regard. Ce qu’il pouvait être agaçant à la fin ! Ne pouvais-je dire un mot sans qu’il ne l’entende ?

-         Non, déclara-t-il.

 

Je soupirai, désespérée par cette semaine qui s’annonçait forte en cruautés et humiliations, et surtout, pointant du doigt le ridicule que je prévoyais.

 

 

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