Souffle de vie: épisode 17

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Cillian, je n’avais plus mal.

 

*

 

-         Liv ?

 

Mes paupières tremblaient. Jamais, il m’avait été si difficile d’ouvrir les yeux. Pourtant, je sentais qu’on effleurait mes lèvres, comme un doigt les caressant. Je tournai la tête, gémissant légèrement à cause de mes membres encore frigorifiés.

-         Liv ? Réveilles-toi s’il te plait…

-         Cillian, dit une voix sage, tu devrais la laisser.

-         N…

 

Je n’arrivais même plus à parler. Pourquoi mes yeux ne s’ouvraient pas ? Reprenant possession de mes membres, je tâtai la surface de mon lit et vins rencontrer…une cuisse ?

-         Elle se réveille…mais pourquoi cela prend-il autant de temps ?

-         Elle est très affaiblie Cillian, continue Tante Beth. Elle a failli mourir, je te rappelle.

-         Je le sais bien.

 

Soudain, il saisit ma main baladeuse et y déposa ses lèvres avec douceur. Elles étaient brûlantes et douces, agréablement douces. J’ignore encore si ce contact me fit ouvrir les yeux, mais il y était pour quelque chose. Cillian se trouvait au-dessus de mon visage, les yeux humides et sombres.

-         Liv ? Comment te sens-tu ?

 

Voyant sa posture, je compris alors que c’était son pouce qui caressait mes lèvres avec tendresse. Jamais je ne fus aussi heureuse qu’à cet instant – sauf peut-être la fois où Tante Beth m’avait donné ce thé étrange. Je crois qu’il le vit en me regardant sourire piteusement :

-         Je suis désolé, murmura-t-il, rassuré.

-         A…rrête de… t’excuser, soufflai-je.

 

Il rit légèrement puis embrassa mon front. Inutile de dire que l’incommensurable envie de l’embrasser, était à son summum.  Mais j’étais tellement faible que je ne pouvais lever la tête de mon oreiller. Je me retrouvai dans cette petite chambre bleue : elle m’avait manqué, bien que le souvenir marquant qui me restait d’elle, était mes nuits larmoyantes.

 

Liverpool est une ville incroyable, j’ignore si le maire se doute même de ce qui se passe dans sa petite ville. Enfin, il n’empêche que j’ai bien failli y laisser ma peau, et surtout, retrouver Jeff. De plus, je doute d’être une scripte pouvant être réanimé au premier mot dit, et je doute encore plus qu’il y ait des médecins légistes parlant aux morts comme moi. A force de réfléchir aux idioties de mon éventuelle mort, j’en oubliai presque que Cillian était là, toujours en train de me dévisager avec tendresse.

-         A quoi tu penses ? demanda-t-il en un chuchotis.

-         Des bêtises, dis-je en me retenant de rire.

-         Comme ?

-         Jeff.

-         En effet, des bêtises, confirma-t-il en levant les yeux au ciel. Enfin, à croire que j’enchaîne les gaffes dernièrement…Néanmoins, Liv, tu avais le droit d’accepter…

-         Accepter quoi ? l’interrogeai-je.

-         Neilia ne t’a pas parlé d’un pacte ?

-         Oh ça…Tu la connais ?

-         …En quelque sorte, avoua-t-il, le regard sombre. Elle a été mon ascendante pendant un certain temps. C’est elle qui est responsable de notre rencontre si l’on peut dire…

-         Elle t’a… Aïe ! m’écris-je après avoir essayé de me redresser.

-         Reste tranquille.

 

Je n’en revenais pas. Je venais d’avoir en face de moi, l’assassin de Cillian qui, soit dit en passant, m’avait battu à plat de couture. Je n’avais rien fait, juste gémi pour son plaisir, suffoquant dans l’air glacé et ce, sans pouvoir me défendre. Je n’étais qu’une mauviette. Je me haïs d’avoir été aussi faible et pitoyable devant elle. Et puis, bien qu’il était rageant de le reconnaître, elle était belle, cette femme. Vingt ans passé et j’avais toujours l’air d’une adolescente malade, dépressive et muette. Cillian pouvait au moins se vanter d’avoir eu une aussi belle femme comme ascendante, avant moi.

Voyant ma mine renfrognée, le jeune homme le prit pour lui et baissa la tête :

-         Nous aurions dû t’en parler avec Tante Beth, admit-il, mais nous avions peur que par crainte, tu décides de ne pas assumer ton rôle d’ascendante. Tu as le droit de ne pas vouloir être…

-         …Ce que je suis, complétai-je, rassérénée pour le rassurer. Je veux rester qui je suis. Muette, grincheuse, chétive, blafarde et peut-être pas très jolie certes, mais…je m’aime comme ça. Seulement, je me sens stupide de l’avoir laissé filer ainsi et je crois que je suis un peu…jalouse. Enfin, c’est une vraie perle rare que tu as !

 

Son regard émeraude scintilla dans ses yeux rieurs, tandis que son pouce effleurait mon menton à présent. Sceptique devant son regard perçant et inquisiteur, mais tout de même sous le charme, je lui demandai :

-         Quoi ?

 

Soudain, Cillian approcha son visage du mien, son souffle chaud caressant mes lèvres, puis y déposa un baiser. Il faut le dire : je ne m’attendais pas du tout à ça. Bien sûr, il a fallu que ce premier baiser avec lui, ait lieu alors que j’étais cloué au lit, le bras droit bandé. Mais cela n’enleva rien à mon plaisir. Lorsqu’il éloigna ses lèvres des miennes,  je levai la tête vers lui, insatiable de ce nouveau plaisir délectable auquel je venais de goûter. Il retint un sourire et m’embrassa une nouvelle fois. Et puis encore, et encore…

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