Souffle de vie: épisode 16

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Malheureusement…

 

Elizabeth.»

 

-         Cillian ?

-         Oui ?

 

Assise sur le tapis du salon, je parcours le recueil de Tante Beth. Cillian croyait que c’était un vieux livre que j’avais emprunté à la bibliothèque municipale et ne se doutait, en aucun cas, qu’il s’agissait des mémoires de sa parente. Je n’aimais pas lui mentir, mais je tenais à le préserver de cette histoire, jugeant que Tante Beth lui en parlerait en temps voulu.

-         Tu ne m’as jamais dit comment tu es…mort.

-         Ca n’a rien d’intéressant, esquiva-t-il en allant dans la cuisine.

-         Oh oui ! Il est vrai qu’un mort qui se réveille lorsqu’on prononce un mot, est des plus banales, ironisai-je.

-         Ne sois pas aussi sarcastique Liv.

-         Alors ne sois pas aussi malhonnête ! vociférai-je.

-         Tu sais quoi, Liv ?! s’énerva-t-il. Je préférais encore quand tu étais muette !

-         Eh bien, tu n’avais qu’à avoir un autre ascendant !

-         Tu le penses vraiment ? s’étonna-t-il.

-         Eh bien… !

-         Ca suffit !

 

Nous nous retournâmes et vîmes Tante Beth à l’entrée, ôtant son manteau.

-         Liv, il vaudrait mieux que tu laisses Cillian, et ça, jusqu’à ce que tu prennes conscience de tes dires.

 

Je le fusillai du regard, ne prêtant même pas attention à la vieille femme. Mais elle avait raison : Cillian aurait pu avoir une autre ascendante après avoir entendu mes propos. Je devais me calmer. Il n’empêche qu’il faudrait bien qu’un jour où l’autre, il m’explique ce qui s’était passé.

Je pris mon gilet et me dirigeai vers la porte :

-         Où vas-tu? demanda subitement le scripte.

 

J’ouvris la porte, remarquant le ciel gris menaçant au-dessus de ma tête. C’est d’une voix tranchante que je lui répondis :

-         Loin de toi.

 

*

 

Je n’avais rien fait. C’était lui, le fautif.

C’est vrai, je n’avais rien fait et je voulais juste comprendre. Mais non, il fallait que je suive comme un mouton de panurge la grande prêtresse et son neveu à demi-mort. Je n’avais pas changé de vie pour être à nouveau le petit soldat de tout le monde : d’abord Jeff, et maintenant eux ?! Il est vrai que je ne saisissais pas  la chance que j’avais d’être ce que je suis, mais devais-je pour autant être bâillonnée à chaque fois que je voulais faire part de mes pensées ? Je commençai à ressentir la froideur des barreaux que possédait cette prison intérieure.

 

Assise sur un banc sur une petite place du quartier, je songeais à tout cela. Et, bien sûr, à lui. J’avais beau avoir essayé de m’éloigner de lui, la conception de ma vie ne pouvait se faire sans lui. Mais ça, ce n’était pas nouveau, et quoi de plus normale pour une fille ordinaire qu’un schéma répétitif de sa vie ?

-         Difficile, hein ?

 

Je relevai la tête, cherchant le propriétaire de cette voix fluette, puis  la vis. C’était une jeune femme, d’à peu près mon âge, aux cheveux courts teints en violet et la silhouette longiligne. Elle ne portait qu’un débardeur avec un jean noir et ses grosses rangers au pied. Je ne l’avais pas entendue arriver : me fixait-elle ainsi depuis longtemps ? Je la détaillai assidûment, incertaine de la connaître.

-         …Être ascendant, ça va sans dire. Mais tu sembles pas mal te débrouiller, pour une débutante.

-         Qui…qui êtes-vous ?

-         Neilia, mais ça n’a pas trop d’importance, dit-elle, c’est toi que je veux.

-         Moi ?

-         Ouais, aussi bizarre que ça puisse paraître, ricana-t-elle. Mais, tu as un quelque chose qui m’appartient, ou qui devrait m’appartenir.

-         Pardon mais, hésitai-je, je ne vous connais pas et…

-         Allons, allons, m’interrompit-elle en s’asseyant à mes côtés. Je sais ce que tu endures…Surveillez chaque mot sans pouvoir dire ce que l’on ressent, ignorer tout de ce que certains te promettent...Au fond, qu’est-ce qu’un ascendant ? Une personne qui a la malchance de ne plus pouvoir s’exprimer comme il l’entend. Tu es complètement bridée par des personnes que tu connais à peine ! Crois-moi, ce genre de truc n’est pas une bénédiction.

 

Devant une telle tirade, j’eus du mal à ne pas être d’accord avec elle. De plus, cette femme dégageait une sorte d’aura, un peu similaire à celle de Tante Beth mais plus sombre, plus…malsaine. Néanmoins, je devais bien admettre que certains points énoncés étaient véridiques. J’essayais de peser le pour et le contre, mais j’avais du mal à raisonner en sa présence. Ses prunelles marron, presque noisette, ne me quittaient plus.

Peu à peu, je sentis des flocons de neige fondre sur mes joues, et contemplai la place déserte, encadrés par des chênes mourants. Une présence funeste nous entourait, et je craignais que cela provienne de cette femme. Je me levai en lui disant :

-         Pardon mais je dois partir…

-         Tu tiens vraiment à faire ça, Liv ? dit-elle brusquement en m’empoignant par le bras. Les rejoindre pour assister à des secrets qu’ils ne te livreront jamais ?

-         N…non !

-         Je te propose un marché, insista-t-elle, l’air espiègle. Il existe un pacte pouvant lier deux ascendants. L’un donne ses pouvoirs à l’autre, de son plein gré, acceptant de léguer son statut. Réfléchis Liv ! Tu pourrais très bien mettre tout ça derrière toi et reprendre une vie normale ! Pense à ce que ça serait…

 

 Indécise, je la regardai avec stupeur. Et puis, cela me vint comme une évidence : renoncer à être ascendant, c’était renoncer à Cillian. Et ça, je ne pouvais l’accepter. Peu importe ce que je pouvais endurer, j’avais l’espoir qu’un jour il réponde à mes questions. Il le ferait, s’il avait confiance en moi. Je ne pouvais pas nier qu’il y avait certains inconvénients, comme cette prison qui me revenait sans cesse. Mais, je n’étais pas seule, j’étais avec lui.

-         Je ne sais pas qui vous êtes mais je ne veux plus jamais vous voir, déclarai-je sèchement.

 

L’inconnue resserra sa poigne, alors que je m’apprêtai à partir, et soupira :

-         Je souhaitais simplement te faciliter la tâche, mais puisque tu sembles ne pas vouloir comprendre…

 

Soudain, elle me frappa au visage, puis me plaqua au sol. J’essayai lamentablement de me débattre, mais elle retenait d’une main, mes bras croisés sur ma poitrine. Je suffoquai dans l’herbe glacée, le sang se mêlant aux cristaux de glace.

-         Ne bouge pas, ça ne prendra qu’un moment, murmura-t-elle les yeux brillants.

-         J…J’arrive plus à…res….

-         Si tu savais, souffle-t-elle, depuis combien de temps j’attends ce moment ! Je vais enfin pouvoir…

-         Cillian ! hurlai-je dans mon dernier souffle.

-         Il ne viendra pas, rit-elle en posant son index sur mon front. Tu l’as trop blessé pour qu’il daigne venir. Pauvre idiote, si tu avais su ce qui t’attendait…

 

Au contact de son doigt sur ma peau, je sentis mes veines ressortir, comme si elles allaient éclater d’une minute à l’autre. Un filet de feu parcourut tout mon sang, crispant tous mes membres dans une douleur incandescente. Je croyais me consumer, je croyais mourir. Là, dans la neige, avec pour dernière vision, Neilia… Une larme s’écoula sur ma joue, les battements de mon cœur s’espacèrent, pour ne plus que se figer.

Puis, je ne sentis plus cette souffrance, mes membres se relâchèrent…Est-ce la mort qui était si douce ? Je n’avais plus mal.

Cillian, je n’avais plus mal.

 

 

 

 

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