Souffle de vie: épisode 13

 

 

 

Ma première pensée serait d’abord : Dans quel monde vit-on ?... 

 

Elizabeth.»

 

 

*

Toujours la même chose. Toujours la même plage.

Et ce sentiment de perdition constant dans une atmosphère sombre et mystérieuse, emplie de secrets qui m’échappent. Et pourtant, il m’était impossible, maintenant, de profiter de cette quiétude céleste que m’offrait ce lieu : mon esprit, trop tourmenté par des récentes découvertes, m’obligea à poursuivre ma quête vers d’autres contrées pouvant assouvir ma curiosité, apaiser mon âme troublée, et peut-être…

-         Liv, tu m’écoutes ou t’as de la cire dans les oreilles ?

-         Hein ! Pardon, dis-je relevant la tête.

-         Je ne sais pas ce que tu as, grommela-t-il, mais en tout cas, tâches d’être plus attentive, tu veux ? Bon sang, avec ce nouveau corps sans cœur, la police commence à avoir des soupçons. Et toi, tu rêvasses ! Bon, je reviens dans deux ou trois heures, faut que j’aille parler à l’inspecteur Louis. Il semblerait qu’il n’est pas retrouvé le corps de Cillian McEwan justement…Liv ?

 

J’avais le souffle coupé. Impossible de rester naturelle, mes joues s’empourprant instinctivement. Je lui tournai le dos et me dirigeai vers son bureau. Il leva les yeux au ciel et quitta la morgue. Mon dieu, dans toute cette folie, j’en avais complètement oublié la réalité : un mort avait disparu, un mort que personne n’aurait dû réclamer…Mais la police s’ajoutant à cette histoire, je réalisais enfin l’ampleur des dégâts dont je suis témoin.

Oh non ! Liv, calmes-toi, il était inutile de s’inquiéter pour l’instant…D’ici qu’ils m’arrêtent pour trafic d’organes, sans preuve, ils n’avaient rien. Quelle consolation ! La panique s’emparait de moi tandis que je sentais mes jambes se dérober. Pourquoi, moi ?! C’est vrai, j’avoue avoir aspirer à une nouvelle vie plutôt…différente, originale si je puis dire. Mais à ce point ? Ne pouvais-je pas sauver un chat d’un incendie pour être reconnue et changer de ce quotidien monotone ? Ah ! Monotone, ça tu peux le dire. Question « changement  radical », tu t’y connaissais, Liv ! Il n’y avait que toi sur cette fichue planète qui pouvait se retrouver dans une telle situation…

Dans quel monde, je vis ?!

 

*

 

Future fugitive.

Etais-je une future fugitive ? J’avoue que cette idée ne m’embarrassa pas plus que ça : pour moi, c’était l’occasion de voyager. Clandestinement et à l’abris des regards, certes, mais tout de même voyager. Mais…le plus absurde étant que, la première question que je m’étais posée, était : Si j’y étais forcé, viendrait-il avec moi ?

Cette histoire de scripte n’en finirait-elle jamais ? Je risquais peut-être mon innocence, ma liberté ! Et tout ce que je trouvais à faire, c’était de m’imaginer dans le premier avion direction la Sibérie ou la Forêt Amazonienne avec pour seul bagage, un mort-vivant mais pas si mort que ça. Oui, c’en était pitoyable.

 

Tandis que le métro s’arrêtait à une nouvelle station, je décidai de sortir la première chose que j’avais sous la main afin de me changer les idées…

Allez savoir pourquoi, je crois que le ciel avait une dent - sacrément aiguisée, soit dit en passant – contre moi. Ou peut-être avais-je simplement besoin de voir les choses en face ?

 

*

 

« La dépendance qui me lie à mon scripte est toujours des plus étranges et je me demande parfois si, malgré notre unicité, et mise à part celle qui existe entre frères et sœurs, j’aurais pu aimer quelqu’un d’autre.

J’ai peur que cette destinée révèle en nous une prison intérieure, exemptant toutes possibilités de vivre une autre vie que celle que nous impose l’unicité entre ascendant et scripte. Penser que ceci pourrait nous égarer d’un amour que nous ne connaîtrons jamais, penser que ceci pourrait nous empêcher d’avoir une vie différente de ce à quoi nous nous attendions ; penser enfin qu’être lier par une force invulnérable à un être, puisse être considérer comme un enchaînement plutôt qu’un lien tendre…Penser à tout cela, m’oblige à réfléchir à mon existence et, oserais-je le dire, à un éventuel sacrifice.

Ascendant, nous le sommes pour certains. Mais cela suggère-t-il forcément un chemin tout tracé ? Qu’en est-il alors de la liberté de nos mots ? Craindre d’ouvrir la bouche à chaque fois que l’on souhaite s’exprimer, est-ce ça, l’unicité ?

Je me le demande.

 

Je me le demande quand je sais que je suis, et demeurerai à jamais, ascendante.

 

Elizabeth. »

 

Je lus la dernière phrase sous la lumière du lampadaire à proximité de ma maison, et ressentis une grande confusion. Cette remise en question d’une Tante Beth, jeune et insouciante, me rappelait moi. Me rappelait la peur que j’éprouvais. Etrangement, je n’avais pas envie de lire la suite : peut-être la lirais-je lorsque j’aurais trouvé moi-même la réponse, la raison qui calmerait mes craintes les plus profondes. Cependant, des plaies insoupçonnées, gravés dans mon cœur, s’enflammèrent. J’aimais Cillian, mais cet amour était-il réel ou décidé par le destin ? Comment pouvais-je le savoir ?

-         Bonsoir.

 

J’avançai vers le perron de ma demeure, et vis Cillian sortir de l’ombre. Avait-t-il toujours été aussi séduisant ou la nuit l’embellissait-elle dans son manteau sombre ?

-         Qu…Que fais-tu ici ? Demandai-je en reculant d’un pas, tétanisée.

-         Je t’attendais, souffla-t-il en s’approchant de moi.

-         Pourquoi ? Je…je ne veux plus te voir, bredouillai-je.

 

Tout mon corps tremblait, incapable de se maîtriser.  Je fixai alors le sol, refusant de croiser son regard envoûtant. L’air était glacé, et, en lâche que je suis, je mis ma réaction sur le compte de la température. Il se retrouva près de moi sans que je n’eus crier gare. Je me mordis la lèvre inférieure nerveusement, lorsque je sentis sa main prendre ma joue avec chaleur. Mes tremblements cessèrent peu à peu, me laissant presque de marbre.

-         C’est toi qui m’as appelé, murmura-t-il le regard triste, toutes les nuits depuis ton départ. J’attendais seulement que tu m’appelles consciemment, éveillée, n’ayant plus aucunes raisons qui puissent m’empêcher de te voir. Et, surtout, afin que je puisse m’excuser.

 

Je ne répondis pas et garda le silence un long moment. Je ne voulais pas le voir, je voulais reprendre une vie normale, une où il ne ferait plus partie de ma vie. Et ça, au point de renier mes sentiments…

Mais, à dire vrai, je savais que j’étais incapable de lui en vouloir. Et cela m’enrageait d’admettre que je sois faible devant lui. Alors, ce soir-là, je pris une décision. Malgré tout ce qu’il put me dire…

-         Pardon Liv, je n’ai jamais voulu te faire de mal. Ce que j’ai fait, je le regrette amèrement et crois-moi, si j’avais été conscient à ce moment-là…

-         Tu l’étais, dis-je haineusement.

-         Non ! rétorqua-t-il. Pour faire une telle chose, non ! Jamais je n’aurais osé te toucher de mon plein gré. Enfin…j’admets être responsable et assume mon acte.  Mais Liv, tout ce que je veux, c’est que tu me pardonnes.

-         Un ascendant de plus ou de moins, qu…quelle différence cela peut-il faire ?! vociférai-je. Je ne suis pas faite pour tout ça, de toute façon.

 

Soudain, il releva mon menton vers son visage. Ses cheveux noirs se mêlaient à la nuit, tandis que ses yeux scintillaient comme deux perles émeraude. Il me dévisagea avec tristesse et sincérité, une expression qui suffit à briser ma résistance de verre.

-         Pardonne-moi, murmura-t-elle doucement.

 

Je soupirai, essayant de ravaler mes maudites larmes puis j’enfouis mon visage dans son torse brûlant sans dire un mot. Il est difficile de croire que, même dans ses bras, je m’efforçais de tenir ma promesse.

 

Je m’efforçais de ne plus l’aimer.

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