Souffle de vie: épisode 12

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-         C’est toi qu’a fait ça ?

 

Je ne répondis pas et sentis mes yeux me picoter. Mais quand cela cesserait-il ! Je fermai les yeux, inspirai à fond et me projetai dans cette plage. Mais, contrairement à d’habitude, je chantai sur la mélodie venteuse en un chuchotis étrange.

-         Liv ?

-        

-         Liv ?! m’appelle Cillian. Dis, à quoi tu joues là ?

-         …En de lointaines contrées, les tempêtes de mon âme, tourbillonnent à chaque fois, et mes larmes s’écoulent. La promesse de mon aimé, M’attend demain à l’orée, alors mon cœur attend encore, il attendra plusieurs aurores...Mmh…Plusieurs Aurores. En de lointaines contr…

 

Brusquement, le bruit de vaisselle retentit aux pieds de Cillian. J’ouvris les yeux et vis mon plateau renversé sur le sol, puis découvris avec stupeur l’expression de ses traits. Son visage était empreint d’un tel désarroi que j’en retins ma respiration : ses yeux clairs s’étaient assombris, les sourcils froncés, sa mâchoire crispée, et ce fut d’une voix tranchant qu’il me dit :

-         Ne…rechante plus…jamais ça.

 

Je ne bougeai pas. J’étais tétanisée par cette lueur de cruauté qui m’apparaissait pour la première fois. Il était si différent de l’homme rayonnant que je connaissais. L’avais-je blessé ? Mais qu’avais-je dit ? Ces mots m’avaient échappé ! Comment pouvais-je savoir qu’il se mettrait dans un tel état ? Mon esprit se troubla, incapable de réfléchir clairement : son comportement m’avait complètement désarçonnée.

Tête inclinée, il serrait ses poings, tremblant de rage, le visage dissimulé derrière ses cheveux noirs. Un frisson parcourut mon corps en son entier : j’avais peur de lui. Je reculai légèrement vers le centre de mon lit, la bouche entrouverte dont aucun son ne sortait. « Cillian qu’est-ce qui te prend ? » pensai-je. Rassemblant tout mon courage, je bredouillai d’une voix inaudible :

-         P…pard.

 

Je ne pus terminer ma phrase, car Cillian bondit sur moi, m’empoignant par le cou pour me faire quitter le sol. Je me retrouvai suspendue dans le vide, sans pouvoir respirer. Essayant lamentablement de me débattre avec mes poings, il ne desserrait sa poigne.

-         Ne rechante plus jamais cette chanson, répéta-t-il avec cruauté.

-         C…Ian…arr..arrête !

 

Je n’ai jamais su si c’était mes mots qui m’avaient sauvé ou si Cillian avait repris conscience. Le fait est qu’il me lâcha sur le lit,  me dévisageant avec horreur. Je passai ma main sur ma gorge meurtrie et essayai de m’éloigner de lui. C’est alors que Tante Beth arriva en trombe dans ma chambre, un sachet de courses à la main. Elle devait avoir entendu mes pensées en rentrant à la maison.

-         Liv ! Oh ma pauvre enfant ! Liv ! se précipita-t-elle vers moi.

 

Lorsqu’elle s’avança, j’eus un violent mouvement de recul par crainte, mettant mes bras au-dessus de ma tête pour me protéger. J’avais encore peur de cet homme que je ne connaissais pas. Celui-ci me fixait avec une telle tristesse qu’il quitta la chambre sans dire un mot, refermant la porte derrière lui.

C’est là que Tante Beth me prit dans ses bras, caressant ma tête avec tendresse. Mais cela ne me suffit pas à oublier l’acte de mon scripte. Ce soir-là, je me couchai avec le souvenir de sa main crispée sur ma gorge, et le paysage si paradisiaque et celtique que je m’imaginais, prit des allures de cauchemar après cet incident. Mes larmes m’empêchèrent de m’endormir et je fus consciente qu’une simple nuit ne suffirait pas à me calmer.

Il était minuit. Le grimoire sur mes genoux, je contemplai la nuit disparaître. 

 

Le lendemain, j’étais partie.

 

 

 

Bien que mon départ fût précipité, je tenais à reprendre une vie normale. Mais bien vite, je me rendis compte que ce ne serait pas aussi facile que je le croyais : l’éloignement brusque entre mon scripte et moi me rendait vulnérable et, très vite, je dus trouver une solution pour que Jeff cesse de me questionner sur mes yeux bouffis et desséchés, suite à de longues nuits blanches où mes larmes s’écoulaient sur mes draps.

Voilà maintenant trois jours que j’étais rentrée chez moi, reprenant le cours de ma vie avec amertume. Parfois, je me surprenais à espérer que sous le drap blanc qui recouvrait les décédés que je découvrais chaque matin, se trouvait Cillian, comme pour la première fois. Et chaque fois, j’avais le même sentiment de déception. J’arrivai peu à peu à contrôler mes pleurs, toujours avec cette plage imaginaire sur laquelle je me réfugiais. Seulement, je ne sentais plus sa présence…Peut-être était-ce mieux ainsi ? Après tout, je ne suis pas faite pour ces choses-là : devenir l’héroïne d’une aventure fulgurante qui demandait courage et volonté comme dans ces grands contes épiques ! Mais, si j’en avais été une, j’aurais été bien plus différente : Dame Liv aurait été gracieuse et réfléchie, elle n’aurait eu pas peur de ce que la vie lui amènait et aurait pris ses responsabilités…Elle aurait été tout ce que je n’étais pas à ses yeux, y compris aux miens. Cette peur de l’inconnu ne me quitta pas et lorsque j’eus le malheur de rencontrer dans le salon, le grimoire que m’avait confié Tante Beth, je ne pus que détourner mon regard ailleurs. Je n’étais pas faite pour cela.

Je n’étais pas faite pour lui.

La rage qui avait envahi ses yeux d’un noir intense m’avait terrorisée. Jamais je n’aurais cru possible de voir une telle chose arriver. La lueur bienveillante de ses yeux, celle qui éclairait mes songes lugubres, s’était éteinte. Je ne sentais plus sa chaleur, ni dans mes rêves, ni dans la réalité. C’était mieux ainsi, du moins c’est ce que je voulais croire. C’est ce qui m’aidait à ne pas regretter sa présence. Et pourtant, mes lèvres susurraient au vent : « Cillian, où es-tu ? »

 

 

-         Lis-le…

 

Assise dans le sable blanc, je me rendis compte de la présence de Tante Beth à mes côtés. Ses yeux scrutaient l’horizon avec tendresse, sans pour autant en chercher la fin. C’est dans son gilet blanc nacré, qu’elle me murmura :

-         Lis-le, Liv.

-         Je ne suis pas prête, dis-je alors que des larmes coulent sur mes joues inconsciemment.

-         Ne l’abandonne pas.

-         Que pourrais-je lui apporter ? m’entêtai-je. Je n’ai rien à lui donner, rien qui puisse l’aider. Cillian et moi sommes différents et ne pourrons jamais être lier par une quelconque force.

-         En es-tu certaine ?

 

Je ne répondis pas, laissant le vent caresser mes joues. Je me levai doucement et m’avançai vers l’eau, laissant l’écume toucher le bout de mes pieds. Etrangement, je me sentis mal à l’aise dans mes vêtements beiges au fur et à mesure que j’avance. Mon short se resserra  autour de ma taille, tandis que ma tunique large devint plus étroite. Surprise, je regardai mon reflet dans l’eau et crie.

Une jeune femme aux longs cheveux bruns apparut dans le miroir d’eau. Ses cheveux cascadaient le long de ses épaules, longeant sa poitrine charnue et sa silhouette aux rondeurs féminines. Sa chute de reins était harmonieuse tandis qu’il émanait d’elle une grâce inconnue. Ses pupilles noires reluisaient comme deux perles encrées, soulignés par ses yeux en amande. Ses lèvres pleines rosées suscitaient l’indomptable envie de lui voler un baiser, une beauté telle qu’une déesse s’en serait rendue jalouse. Je restai muette devant la beauté de cette femme, n’osant demander s’il s’agissait de…

-         C’est toi, Liv, dit-elle. C’est à toi que revient cette responsabilité. Tu peux devenir cette femme, si tu le veux. Il ne tient qu’à toi de t’en imprégner.

-         Je ne serais jamais comme elle, soufflai-je, ahurie.

-         Mais tu l’es déjà…

 

Sur ces mots, je contemplai mes mains devenues fines puis palpai ce visage magnifique qui est maintenant le mien. Est-ce moi ? Cette femme, était-ce moi ? Comment le savoir ? C’est impossible…Je n’étais pas cette femme, je ne connaissais rien d’elle, et pourtant…Mes yeux noirs, mes yeux si sombres brillants, ceux de ma mère.

-         Est-ce que…

-         C’est à toi d’accepter ton destin,  Liv, me coupa-t-elle. Accepte la vérité, et surtout, accepte qui tu es.

 

*

 

Un rayon de soleil vint illuminer mes paupières, lorsque je sentis une violente douleur parcourir mon dos. Je gémis puis me redressai lorsque je constatai que j’étais à terre, au pied de mon lit. Je déliai mes jambes prisonnières de la couverture rouge, me leva et décidai d’aller me préparer. Le silence ambiant des lieux me rappelait mon interminable solitude.  J’aurais aimé me réveiller en sentant l’odeur des pâtisseries de Tante Beth, où le son de ses pas. Ou peut-être, le souffle chaud de sa bouche lorsqu’il me regardait dormir, le bruit de sa respiration sereine. Et puis, ses yeux…

-         Cillian…

 

Non. Je ne devais pas l’appeler. Je ne devais pas l’amener jusqu’à moi, il fallait que je cesse de penser à lui, qu’il quitte mes pensées à jamais.

 

Après m’être préparée négligemment, je bus mon café dans ma petite cuisine puis allai dans le salon. Le grimoire était toujours posé sur ma table basse, seul. « C’est à toi d’accepter ton destin », mais quel était-il ? M’unissait-il à Cillian ? M’unissait-il à ce statut d’ascendant unique ? Mon aura et la sienne, formaient-elles une alliance saine et irrévocable ? Comme j’aurais aimé que cela soit le cas, comme j’aurais aimé être sûre que cela soit le cas. Mais je n’avais aucune certitude, ou du moins, la peur persistait.

J’inspirai profondément et allai m’asseoir sur le canapé gris du salon. Le bruit de la pluie frappe ma vitre, et brisai la quiétude de la pièce. Les battements de mon cœur ralentissent, entrant dans une mélodie lascive et sereine. Je me saisis du bouquin et le posai sur mes genoux. D’une main tremblante, je l’ouvris et parcourus la première ligne.

C’est là, que son histoire est devenue la mienne.

 

*

 

« Je m’appelle Elizabeth et suis, et demeurerai à jamais, l’ascendant unique de John McEwan.

 

Il est difficile de débuter ce livre : ce n’est pas un roman ni une histoire à raconter, d’une quelconque importance. Non, il est bien plus difficile d’écrire ce que je vis. Il est bien plus difficile, de décrire la vie. Néanmoins, j’aime l’idée que mes écrits aideront certainement quelqu’un, un jour.

Par où donc commencer si ce n’est moi. Mais je préfère venir à l’essentiel et au cours de cet ouvrage, je ferais part de mes remarques, mes observations, mes pensées…Tout cela qui deviendra à la fin : mon expérience personnelle.

 

Ma première pensée serait d’abord : Dans quel monde vit-on ?... 

 

Elizabeth.»

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