Souffle de vie: épisode 11

 

Longue Maj, en attendant de vous mettre un extrait "De Détroit à Phoenix" prochainement =D J'espère que celle-ci vous plaira.

Bonne lecture.

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-         Non, rien de tel, rit-elle. Mais j’ai quelque chose à te montrer. Viens avec moi.

 

Elle quitta son fauteuil, resserrant sa longue natte qu’elle mit derrière son dos, puis monta les escaliers. Je la suivis, curieuse de savoir ce que pouvait cacher encore une si petite maison.

 

*

 

Etrangement, je n’avais jamais remarqué la porte située au bout du couloir, cachée dans l’obscurité. Tante Beth entra une petite clé de bronze dans la serrure, la tourna puis l’ouvrit. Nous montâmes ensuite un petit escalier qui nous amena dans une pièce illuminée. Il y avait une cheminée sur le mur de droite, encadrée par deux portraits : l’un représentait un homme fort séduisant brun aux yeux bleus, l’autre une femme tout aussi belle à la chevelure noire et aux yeux verts. En face de nous, sur un bureau tapissé de livres et de feuilles volantes, brûlait un reste d’encens. Le sol était recouvert d’un tapis persan, doux au toucher. Il y avait aussi un lit dérangé à ma gauche.

Le grenier avait été refait de telle sorte, qu’on aurait cru entrer dans un endroit sacré. Deux grandes plantes m’entouraient lorsque j’arrivai dans la pièce ; elles sentaient l’orange et le miel. Tante Beth s’avança vers le bureau et y prit un énorme livre abîmée.

-         Ne te fis pas à son apparence.

 

Aussi bizarre que cela puisse être, je ne me suis jamais habituée à ce don qu’elle possède. Répondre à mes pensées lui venait si naturellement ! Pour moi, elle parlait dans le vide – mon temps de réaction n’aidant pas beaucoup, d’ailleurs.

-         Ceci, déclara-t-elle d’un ton obséquieux, renferme tout ce que je sais, appris du monde des scriptes.  Tu y trouveras de nombreuses histoires et explications, notamment sur la famille de Cillian qui en est le créateur. Ce recueil a appartenu à mon mari, son frère, et avant eux, leur père. L’essentiel étant que ce livre est très précieux et répondra à tes questions. Il s’est transmis de génération en génération et Cillian ignore encore son existence.

-         Pourquoi ? demandai-je en prenant le livre qu’elle me tendait.

 

Elle mit un moment avant de répondre :

-         Cillian est en proie à certains dangers. Je ne peux prendre le risque de le perdre, lui et ce grimoire d’ailleurs. Il…Il n’a pas encore trouvé ses ascendants uniques et…

 

« Vous me cachez quelque chose », pensai-je. Elle baissa les yeux et répondit :

-         Je ne peux t’en parler. Tu ne connais pas assez bien notre monde pour être informée de ces détails. Enfin, j’espère seulement que tu comprendras par toi-même. Tiens…Cette pièce t’appartient à présent.

 

La vieille femme me tendit la clé de bronze qui scintillait. Je contemplai l’objet avec crainte et reculai. Pourquoi moi ? Pourquoi moi, Liv, une fille ordinaire qu’elle connaît à peine, détiendrait toute une histoire qui m’est inconnue ? Comment pouvait-elle m’accorder une telle confiance alors que je venais d’arriver il y a à peine deux jours ?! Ca n’avait aucun sens. J’allais découvrir une chose étrange et je n’étais pas sûre d’être prête à y faire face. Certes, Cillian était certainement la plus belle chose que j’eus dans ma vie – ce qui n’est pas très difficile étant donnée mon train de vie palpitant – mais ce livre renfermait l’histoire de personnes que je ne connaissais pas, de leurs vies, leurs secrets... L’impression et de m’introduire dans leur passé m’était désagréable. Peu importe ce que cela pouvait être, il n’empêchait que j’étais une étrangère. De plus, Cillian n’en savait rien : pourquoi s’adressait-elle alors à une inconnue ? Je hochai la tête, refusant son présent.

-         Je…je ne peux pas.

-         Liv, tu n’as pas encore compris ? m’interrogea-t-elle, stupéfaite.

-         Je…je ne peux pas, insistai-je tout en lui redonnant le livre. Je ne connais rien de tout cela et…je ne suis qu’une humaine.

-         Liv, persista-t-elle en me prenant la main. Si je te donne ce livre, cet endroit, n’en devines-tu pas la raison ?

-         Non, je ne vois vraiment pas, dis-je, déconcertée. Vous ne me connaissez pas et me voilà ascendante d’un scripte dans une histoire que je ne soupçonnais pas avant de connaître Cillian. Qu’est-ce que…qu’est-ce qui justifierai que vous ayez tant confiance en moi ?

 

Ses yeux rieurs me fixèrent un long moment. Elle devait une nouvelle fois lire en moi, mais son regard semblait m’appeler. Je ne sais pourquoi mais, suite à cela, réagit mon cœur. Je le sentais se fracasser contre ma poitrine à une telle vitesse que je suffoquai. Qu’attendait-elle de moi ? Qu’est-ce que je signifiais pour elle ? Si seulement j’avais su ce qu’elle pensait ! Elle se pencha vers moi, et plongea ses yeux dans les miens. Je ne vis jamais une telle chose dans les yeux d’un individu : la lueur de ses prunelles étaient si vives mais tellement tristes que même en temps normal, j’aurais eu les larmes aux yeux. Son âme était meurtrie attendant une chose qui ne venait pas. Cette attente permanente qui se reflétait en elle m’attristait : elle attendait que John revienne. Etait-il donc en vie ? Je n’osai pas m’imaginer vivre à présent sans Cillian et eus peur en la voyant, de me voir dans quelques années.

-         Liv, murmura-t-elle, si je t’ai donnée cette pièce…C’est parce que je crois que tu es l’ascendant unique de Cillian.

 

*

 

J’étais assise dans ma chambre bleue, sur mon lit, contemplant les trois sacs poubelles près de la porte, débordants de mouchoirs.

Je regardai des sacs poubelles. Pitoyable. Et mes larmes qui ne cessaient de couler ! Néanmoins, j’avais cessé de geindre inlassablement et apprenais à me contrôler. En effet, lorsque je pensais à Cillian, je dirigeais mes pensées vers un endroit de verdure.

Je me voyais marcher pieds nus sur l’herbe verdoyante et encore humide, descendant une pente légère qui m’amenait à une mer claire. Il y avait un vent frais de fin d’après-midi, caressant mes jambes. Je me rappelle que je ne portais qu’une tunique bleue et courte, munie d’un short noir en toile. Les vagues dansaient dans une mélodie marine qui s’accordait au vent, et effleuraient le sable blanc de leurs traînes majestueuses d’écume. Le ciel était clair, planant au-dessus de nombreuses montagnes  sombres qui m’entouraient. La vue était magnifique et le chant des feuillages m’apaisait. Mais, surtout, je sentais sa présence sans le voir. La chaleur de ses bras semblait m’envelopper d’un voile fin et transparent et son parfum ne quittait pas mes vêtements. Evidemment, j’aimais croire qu’avant de me retrouver sur cette plage avec la sensation de l’avoir eu à mes côtés, lui et moi  avions…

-         Liv ?

 

Je sursautai et vis Cillian, un plateau à la main. Il esquissa un sourire en coin en me voyant rougir, puis soupira :

-         Tu as encore pleuré, hein ?

-         Ca ne compte pas, dis-je, tu ne m’as pas vu.

-         C’est vrai, concéda-t-il en levant les yeux au ciel. Enfin, j’en ai vu d’autres !

 

Sur ces mots, ma lampe de chevet clignota tout en vacillant. Cillian releva les yeux de mon plateau et me fixa avec stupeur. En effet, il semblerait que ma jalouse s’exprimait de diverses manières.

-         Désolé, dis-je.

-    C’est toi qu’a fait ça ?

 

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