Souffle de vie: épisode 10

 

 

 

 


- Peu importe. Cillian ne va pas tarder à revenir, vous devriez aller vous préparer.


Elle ne me laissa pas le temps de répondre car elle prit nos assiettes et les emmena dans la cuisine. Je n’insistai pas, consciente que cette fois-ci, elle ne répondrait pas à mes pensées.

Cillian, que me cachais-tu ?

 

*

 

Cillian n’arriva pas pour le déjeuner.

Je m’isolai dans ma chambre, soucieuse et pleurai de temps à autre. Quelle fâcheuse manie ! Sa connaissance me valut plusieurs boîtes de mouchoirs les premiers jours. Je finis par m’apaiser et lus un peu. C’est vers huit heures que j’entendis Cillian ouvrir la porte de ma chambre.

-         Bonsoir, fit-il d’une voix douce.

 

Je ne répondis pas, fâchée qu’il m’ait privé de sa présence. Il le remarqua et me dit :

-         Pardon Liv. Cela m’a pris plus de temps que prévu. Je comptais rentrer pour le déjeuner mais il fallait que je reste là-bas.

-         D’accord, dis-je sèchement.

-         Liv ?

 

Je ne répondis pas, retenant mes larmes. Qu’est-ce qui me prenait ? J’agissais comme une enfant, jalouse d’une chose dont je ne connaissais le nom, mais qui me privait de sa présence.

Cillian inclina la tête et s’apprêta à partir quand je m’écriais :

-         Ne me quitte plus jamais !

 

Sur ces mots, la porte se ferma violemment devant lui. J’étouffai un cri et écarquilla les yeux : c’est moi qui avait fait ça ?! Il se tourna vers moi, tout aussi étonnée.

-         P…pardon ! Gémis-je. Pardon Cillian ! Pardon ! Pardon ! Je ne voulais pas…La porte s’est…Oh, pardon !

 

Je commençai à sangloter sans pouvoir m’arrêter de nouveau.

-         Rah ! Vociférai-je entre deux sanglots. Ces…ces fichues larmes ! Je…j’en ai assez de pleurer !

 

Mais elles ne cessèrent pas. Cillian me fixait, le visage impassible. Je me sentis si honteuse que je saisis mon coussin, le mis entre mes jambes repliées et ma poitrine, et y enfouis ma tête. Je refusai de croiser son regard, ne songeant même pas à ce qu’il pouvait penser d’un spectacle aussi pitoyable. Néanmoins, je l’entendis dire :

-         Tu es possessive.

-         Non ! rétorquai-je. Je…je ne le suis pas en temps normal. Vas, pars si tu en as envie, je ne dois pas t’en empêcher. Ce n’est pas parce que…

-         J’aime ça, me déclara-t-il d’une voix claire.

 

Je cessais de pleurer, sans pour autant sortir ma tête de mon oreiller. Puis, une agréable chaleur gagna mon dos, m’entourant toute entière. Je compris qu’il était juste derrière moi et me prenait dans ses bras :

-         Je suis fâché, dit-il tout en me berçant.

-         Pardon, m’excusai-je tandis qu’il ôtait l’oreiller de mon visage.

-         Je suis fâché car tu n’as pas tenu ta promesse, rajouta-t-il. Je sais que tu n’es pas un scripte pour faire tout ce que je te demande mais, s’il te plaît, je ne veux pas te voir pleurer. Cela me rend triste. N’était-ce pas un rire que je désirais ce matin ?

 

Je souris légèrement, satisfaite de la situation dans laquelle je profitai de lui. Il était là maintenant, c’était l’essentiel. La chaleur de ses bras était enivrante, tout comme son parfum de pluie. J’aurais pu rester là des heures. Je fermai les yeux et murmurai :

-         Pardon…

-         Et cesse de t’excuser sans arrêt.

-         J’y travaille.

 

Il rit doucement et passa sa main dans mes cheveux.

-         Je resterai avec toi demain.

-         Non, tu dois…

-         Tu ne veux pas ? demanda-t-il, perplexe.

-         Si mais…

-         Alors je reste, décréta-t-il.

 

Je n’insistai pas. Inutile de vous dire à quel point j’étais heureuse de le savoir là demain matin. Néanmoins, je repensai à Tante Beth et à ce qu’elle avait refusé de me dire. Etais-je en train d’empêcher Cillian de faire ce qu’il avait à faire, par pur caprice ? L’idée me culpabilisa et je décidai de lui en parler demain, profitant de cette nuit.

-         Cillian ? l’appelai-je.

-         Oui ? dit-il sans cesser de me bercer.

-         Je ne parle pas beaucoup.

-         Je crois l’avoir remarqué, plaisanta-t-il.

-         Mais…ça ne veut pas dire que je ne t’aime pas, avouai-je. Je ferais des efforts.

-         Ne te force pas Liv, m’arrêta-t-il. Ca ne me dérange pas d’attendre. Pour l’instant, je veux juste te voir sourire. Mais…tu y travailles déjà, n’est-ce pas ?

 

Je ris légèrement de sa boutade, ce qui lui fit plaisir car il resserra son étreinte, me murmurant :

-         C’est tout ce que je te demande. Allez, endors-toi.

 

*

 

-         Tu es si innocente ! Je me demande si tu te rends bien compte du pouvoir que tu possèdes.

-         Je le sais, bredouillai-je, et c’est pour ça que je l’utilise à des fins impersonnelles.

-         Je ne te comprends vraiment pas, soupire Cillian assis sur le canapé. Hier pourtant tu me suppliais de rester. Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ?

-         Non, répétai-je pour la énième fois.

-         Alors pourquoi ?

-         Cillian, je suis ton ascendant et je veux que tu fasses ce que tu avais prévu de faire ! ordonnai-je avec un semblant d’autorité.

 

Cillian se leva contre son gré, se dirigeant vers la porte. Tante Beth recousait quelques vêtements dans son fauteuil, amusée par la scène de ménage que nous faisions Cillian et moi.

-         Ecoutes, persiste-t-il avant de passer la porte, je t’assure que ça ne me dérange pas de rester ici. Je ne veux pas te voir pleurer.

-         Mais non ! dis-je en le poussant vers le perron. Tant pis si je pleure ! Je suis une grande fille maintenant, je n’ai pas besoin que tu restes avec moi. Considère mes pleurs comme un dérèglement de…mon humeur biologique !

-         Rah ! Très bien, se résigna-t-il, dépité. Au moins, tu l’as fait…

-         Quoi ?

-         Parler plus.

 

Je rougis légèrement et m’empressai de lui dire :

-         Allez, oust !

 

Il rit  et s’éloigna de la maison.

-         Tu vas pleurer d’une seconde à l’autre, souffla Tante Beth.

-         Je sais, dis-je en essayant de me retenir. Vous n’auriez pas un thé « parfum citron et anti-sanglots »?

-         Non, rien de tel, rit-elle. Mais j’ai quelque chose à te montrer. Viens avec moi.

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