De Détroit à Phoenix - extrait

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Alors que je m’enlisais dans une profonde torpeur, une ombre se dessina au-dessus de moi, me cachant la lumière. Je sentis sa présence et ne pus m’empêcher d’esquisser un faible sourire.

- Pourquoi « Dolce » ? demanda une voix familière, commandant habituellement un café noir.

 

Je vous ai dit que nous étions sublimes ; Cloud, les autres et moi…mais ce n’était rien à côté de Phoenix MacQueen. Non, nous n’arrivions même pas à l’état de néant en sa présence. L’homme aux cheveux châtains et au regard gris, portait une chemise de soie gris clair, avec un pantalon noir. Il tenait sa veste de même couleur à la main, sa peau claire était lisse. Rien que son col, légèrement échancré, laissait libre cours aux fantasmes vagabonds. Je dus l’admettre : Phoenix était incontestablement beau. Sa prestance ajoutait un plus à sa magnificence. Même la jalousie la plus profonde n’aurait pu le contredire.

Hébétée, je secouai la tête et bafouillai :

-         Pardon ?

-         Votre tatouage, reprit-il toujours sérieux, pourquoi « Dolce » ?

 

J’ignore pourquoi mais lorsque quelqu’un vous complimente sur un vêtement, ou un bijou que vous portez, vous êtes pris de ce tic débile qui consiste à regarder l’objet en question. Dans mon cas, c’était encore plus stupide puisque mon tatouage se trouvait sur mon omoplate. Je répondis simplement :

-         Mon père me surnommait ainsi lorsque j’étais jeune. Il dit que je possède une douceur secrète car personne n’a vraiment l’occasion de me voir ainsi. Sauf lui...Alors voilà. C’est un peu enfantin, je l’avoue.

 

Il ne répondit pas et s’assit en face de moi. Je bus une gorgée de mon verre sous ses yeux de Sphinx et restai intriguée. Après un moment, Phoenix déclara :

-         Vous ne semblez pas le regretter…

-         Qui ?

-         Aaron.

-         Non, dis-je en ignorant le fait qu’il en était informé. Non.

-         Il connaissait votre côté… « Dolce » ? me demanda-t-il en prenant l’accent italien.

-         Non ! ris-je. Très peu de gens le connaissent. Et puis, Dolce signifie « sucré », précisément. Et je doute d’avoir eu un tempérament de miel à son égard. Mais ça, vous le savez…

 

Il sourit malicieusement, ses yeux gris brillants sous la faible lumière. Nous restâmes un moment à s’examiner, se dévisager, s’épier en espérant comprendre ce que l’autre pensait. Son regard me troublait, me faisait perdre mes idées, et mon intérêt n’avait d’yeux que pour lui. Il me fascinait par sa retenue énigmatique, non sans nonchalance parfois. Mais, il était le seul à me procurer ce sentiment indéfinissable qui me rendait sereine :

-         Parlez-moi de vous, le sollicitai-je soudainement.

-         …Pourquoi ? demanda-t-il avec dédain. Ce que vous raconte votre ami ne vous suffit pas ?

-         Non.

 

Il me fixa encore une fois et baissa les yeux un moment, pensif. Je l’observai sans un mot, le scrutant avec cette même curiosité qui faisait tout, sauf faiblir. Soudain, il replongea son regard dans le mien, impassible :

-         Vous m’inspirez.

-         …Moi ? bredouillai-je.

-         Mais vous le dire, c’est savoir qu’en connaissances de causes, vous changerez d’attitude.

-         Je ne suis pas du genre à changer pour quelqu’un.

-         Vraiment ?

-         Que voulez-vous dire ?

-         Alexis s’intéresse à vous.

-         Mais il ne m’intéresse pas pour autant, contestai-je.

-         Au début, cela semblait être le cas.

-         Vous le défendez ?

-         Je n’ignore pas ce qu’il a pu vous dire sur moi, déclara-t-il. Mais Alexis ne connaît rien de moi. Que vous le préfériez ne me…

-         Je vous préfère, vous, le coupai-je.

 

Pour la toute première fois, ce fut la surprise qui s’éprit de son visage. Je ne l’avais jamais vu aussi déconcerté. Non, je ne l’avais jamais vu déconcerté. Phoenix avait toujours tenu son masque de certitudes jusqu’à présent. Il se leva sans me répondre, prit sa veste et se tint debout en me fixant. Puis il s’approcha, s’accroupit près de moi et saisit l’une de mes mèches du bout des doigts. Je pouvais sentir son enivrante eau de Cologne. Ses doigts frôlèrent ma joue, effleurant le coin de mes lèvres brûlantes : j’en frémis. Enfin, il esquissa un sourire, comme amusé de me voir si fébrile, et susurra d’un air satisfait :

-         Dolce.

 

Je restai pétrifiée, subjuguée par ce simple mot qui était sortie de sa bouche comme une caresse langoureuse. Il se redressa lentement, aussi lentement que je m’éprenais de lui.

 

 

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