Le Grand Bal


- T'as bientôt fini ?

- Si tu arrêtais de bouger, j'aurais fini un peu plus vite, se plaint Jeane. Attends...Voilà !

Je me lève de la chaise, anxieuse de savoir à quoi ressemble "Lee sur son 31". J'avance vers le miroir, hésitante, essayant tant bien que mal d'être gracieuse dans ma démarche, avec mes talons. Puis...

- Oh mon Dieu ! M'écrié-je.

- Tu as vu ! Se réjouit Jeane. Tu es magnifique ! Sans doute le meilleur modèle d'art que j'ai pu faire en maquillage.

- Jeane...c'est...ce n'est pas moi ! C'est impossible que je sois aussi...aussi...jolie, dis-je émerveillée. On dirait une autre personne.

- C'est bien toi ma chère Lee, dit-elle en posant ses mains sur mes épaules. Je t'avais dit que je ferais de toi, la femme la plus belle de ce soir.

Cette jeune femme dans le miroir, portant une robe couleur crème un peu dorée, avec une fourrure autour de ses épaules, le rouge à lèvres soigneusement posé sur ses lèvres, le teint éclatant légèrement matte, ses yeux contourés de noir avec précision...C'est moi ? Je reste devant la glace pendant quelques minutes, tandis que Jeane me regarde être émerveillée devant tant de beauté. J'avais totalement changé, au point d'avoir du mal à me reconnaître...

Est-ce que ça lui plaira ?


*


Dans la salle des fêtes, des milliers de personnes étaient déjà présentes. Tout le monde s'était mis au meilleur de sa forme, portant un smoking Dior ou Gabanna, tandis que les femmes portaient certainement une robe Chanel pour la plupart. Hormis les regards noirs qui pouvaient survoler la salle - car certaines avaient découvertes par surprise que quelqu'un avait la même tenue, - c'est dans une ambiance de convivialité que les grands invités contemplent avec attention les tableaux exposés. Andy n'avait pas tarder à trouver quelques personnes pour apprécier son travail, tandis qu'Ashton passait la majeure partie de son temps devant le punch, un verre à la main. Kelly et Yann parlait avec d'autres couples, le genre de groupe où chaque homme à une femme à son bras, rapellant au célibataire leur profonde solitude. Daniel, lui, attend au pied de l'escalier avec Ron, le cavalier de Jeane, comme l'aurait fait Jack dans Titanic. Mise à part que celui-ci s'impatientait de ne pas voir la petite prolétaire que je suis, arriver. Avait-il peur que son (soit disant) charme fou n'est pas opéré sur moi ? Puis, alors qu'il regarde pour la énième fois sa montre, il voit deux ombres en haut de l'escalier...


Je descends peu à peu, tenant le bras de Jeane qui n'arrête pas de me faire rire pour me détendre (et surtout pour m'aider à marcher avec ces fichus talons ! ). C'est le genre de moment où vous rêvez de marcher sur la pointe des pieds pour ne pas frôler le ridicule en tombant (rire). Alors que le stress monte à chaque seconde, Daniel me regarde descendre, ahurie devant ma métamorphose. Le problème étant qu'il n'était pas le seul. Comme dans un conte de fée, une partie de la foule porte son attention sur moi, laissant place à des "ouah", "elle est magnfique" ou encore "qui est-ce ?"...Je sers la main de Jeane qui me lance un sourire pour me rassurer. Et puis, le regard aux yeux gris se pose sur moi...

Yann me regarde, choqué ou plutôt émerveillé si je puis dire. Son regard insistant sur ma silhouette et ma tenue me fait simultanément sourire, tandis que Kelly laisse apparaître une certaine surprise avec un mélange de jalousie. Andy et Ashton s'approchent et ne tardent pas à faire la même tête que les autres. Je commence à rougir, en ayant la sensation que cet escalier dure une éternité. Quand j'arrive enfin en bas, Jeane me dit:

- Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer...Tu es ravissante.

- Merci, dis-je, rougissante.

Elle vient avec moi retrouver nos cavaliers, tandis que Ron ne perd pa de temps:
- Lee, tu es vraiment ravissante, me complimente-t-il. Si j'avais su que Jeane aurait fait un si beau travail, j'aurais demandé à être relooké aussi.

Nous éclatons de rire, tandis que Daniel continue de me dévisager. Jeane, voyant son manque de réaction, lui dit:
- Et toi Dan' ? Comment trouves-tu ta cavalière ?

- Magnfique, dit-il avec admiration. Si j'avais su que tu serais aussi belle, je me serais forcé à être à ta hauteur.

Attendez, je rêve ! Daniel vient de me faire un compliment sincère... Je crois que je vais tomber dans les pommes si ça continue. Et ça continue en plus ! Andy, Ashton, puis Yann et Kelly viennent vers nous. Ashton ne tarde pas à reprendre les bonnes vieilles moqueries:
- Si seulement tu pouvais être comme ça un peu plus souvent, je tomberais presque amoureux, rit-il. Dommage que tu sois une prolétaire !

- Ashton, tu es irrécupérable ! Soupire Jeane en levant les yeux aux ciel.

- Tu es vraiment belle, me complimente Andy. Si j'avais su que tu cachais une telle façade de ta personnalité, je me serais porté volontaire pour être avec toi ce soir. Tu m'accorderas une danse ?

- Euh...si tu veux, dis-je un peu dépassée par les évènements. Vous savez, je dois tout à Jeane hein...Alors ne me regarder pas comme ça !

- Rhô, trop mignon, rit Daniel. Elle est gênée...Au moins, j'ai bien fait de t'inviter car je suis au bras de la plus belle fille de l'école.

- Oh, vous exagérez, dis-je embarrassée de plus belle.

- Il a raison, affirme Ashton. Ca te va super bien.

- Bon messieurs, cessez de la draguer lors d'une exposition, bande de pervers ! Rit Jeane. Bon, bah nous on va y aller.

- Hein ? M'écris-je.

- T'inquiète pas, me rassure-t-elle. Tu ne seras pas toute seule puisque tu seras avec ton cavalier. A plus tard !

Daniel, prenant l'air d'un grand gentleman, me tend son bras devant la foule qui s'est empressée de nous entourer. Je pose ma main gracieusement sur celui-ci. Tandis qu'Andy, Ashton et Yann avec sa petite amie, nous regardent. Je ne suis pas habituée à être le centre d'attention de toute une assemblée et, hélas, je crois que je le serais pour le reste de la soirée. Kelly déclare:
- Ca te change vraiment du jean que tu portes tout le temps, dit-elle avec une pointe de jalousie. Mais es-tu sûre que ça te ...corresponde ?

- Si tu peux le porter Kelly alors je ne vois pas pourquoi je ne le ferais pas, dis-je sèchement.

- Je suis sûre que Yann a le même avis que moi sur la question en tout cas, pas vrai Yann ?

Celui-ci ne répond pas, fixant mon bras lié à celui de Daniel. Allez, dis quelque chose ! S'il y a un avis que j'attends, c'est bien le sien... Yann n'ouvre pas la bouche, inclinant légèrement les yeux. Je commence à baisser la tête et dit à Daniel:

- Allons-y...

*



J'essaie de garder le sourire malgré ma grande déception sur le fait que Yann ne m'ait pas dit son avis. Je m'en veux d'avoir été aussi bête au point de vouloir plaire aux autres, moi qui d'habitude sais que si je change, c'est pour moi et non pour les autres. Alors que nous passons devant mon tableau, Daniel me dit:
- Il est vraiment magnifique...Alors c'est ça le paysage qu'il y a là-bas ?

- Oui, dis-je en souriant. Si tu voyais ces cottages anciens, mais si beau. Une vraie petite prairie pour prolétaire...

Il rit face à ma plaisanterie et pose sa main derrière mon dos, m'invitant à aller voir le sien. En effet, ses photographies est magnifique. Trois images représentaient la ville en pleine nuit, illuminée de partout: de la petite habitation à la fenêtre allumuée,  aux vitrines scintillantes du centre ville. Alors que nous faisons le tour, j'aperçois un homme s'intéresser à mon tableau. Je tire sur la manche de Daniel pour que nous pressions le pas vers cet éventuel client.  Nous arrivons enfin à sa hauteur. Le problème étant que je ne sais pas comment y faire avec ces gens-là. Dan' remarque ma panique et prend les devants:
- Il vous plaît ? Demande Daniel.

- Je le trouve vraiment originale, dit l'homme. Est-ce vous l'auteur de ce chef d'oeuvres ?

- Non, mais la demoiselle à mon bras, dit-il le plus aimablement avec beaucoup de charisme.

- Enchantée, dis-je en serrant la main de l'homme.

- Moi de même, dit-il. Je suis Robert Hashley, je viens chaque année déniché quelques merveilles dans cette école et c'est toujours un plaisir de voir de nouveaux talents.

- Oh merci, dis-je humblement. C'est ma première année ici...

- Nous avons l'habitude de prendre sous notre aile des élèves peu expérimentés mais qui ont du potentiel et c'est votre cas, explique-t-il. Je serais ravi de prendre en considération votre travail, tenez voici ma carte...

- Merci, dis-je timidement. Merci beaucoup.

- Passer une bonne soirée, salue-t-il.

- Alors ? Heureuse ?

Je regarde Daniel et saute à son cou. Il reste déconcerté par tant de reconnaissance et rit. Je le remercie mille fois, durant un moment alors qu'il essaye de me calmer.
- Eh, je suis habitué à avoir affaire à ce genre de personnes. Ne te fais pas trop d'illusion en te disant qu'il est gentil, reste très prudente dans le domaine artistique et veille à ce qu'on te prenne au sérieux. Ok ?

- Ok, affirmé-je. Merci Daniel, vraiment...

Il me sourit puis nous continuons de visiter cette grande salle.

*

 



Les personnes présentes sont invités à dîner dans le réfectoire tandis que les élèves patientent dans la salle des fêtes. Un élève vient vers Daniel et moi, un appareil photo en main. Il porte des lunettes noires et un bonnet qui me donne peine à le reconnaître. Jeane et Ron viennent s'asseoir à la même table que nous, tandis que le jeune homme demande:

- Une photo ?

- Oh oui ! S'exclame Jeane. En souvenir de la belle Lee qui est là...


" Clash"."Clash".
Après avoir pris des photos le jeune homme dit:
- En effet Lee, je ne pensais pas te voir aussi belle un jour...

Sur ces mots, il ôte son bonnet et ses lunettes et...
- MATT ! Dis-je en lui sautant dans les bras.

- Salut toi, dit-il en me serrant amicalement. Je tenais à être présent pour ce fameux tableau que tu exposerais. Eh Yann !

Yann le voit et se lève afin de le saluer, suivient de ceux qui l'entouraient. Je n'adresse pas un regard à celui-ci, tandis que Matt remarque avec consternation les distances qui me séparent de Yann. Soudain, il déclare:
- Bon, comme je vois que ça n'a pas avancer ici, je vais mettre les choses au clair...

- Quoi ? Demandé-je.

- Lee, tu ne lui as toujours pas dit..n'est-ce pas ?

- Oh non Matt, dis-je effrayée. Tu ne vas pas...

- De quoi est-ce que vous parlez ? S'interroge Yann, perplexe.

- On parle du fait que...

- Non ! Arrêtes Matt ! Supplie-je.

- Soit tu lui dis ou alors tu le regretteras toute ta vie ! S'énerve Matt. Tu n'as pas à en avoir honte...

- Mais de quoi est-ce qu'il parle ? Se demande Jeane. Lee, tu as quelque chose à dire...

- NON !

- Si...je te laisse deux secondes pour lui dire, s'impatiente Matt.

- Non s'il te plaît, supplie-je alors que les larmes me viennent.

- Lee, qu'est-ce qu'il y a enfin ?! Demande Yann qui s'impatiente à son tour alors que Kelly a du mal à suivre.


Mon coeur bat à une vitesse phénoménale. Je ne peux pas lui dire, pas ici, pas maintenant, c'est trop tôt, ce n'est pas le lieu ! Je ne veux pas ! Non !

- Lee...dis-moi,supplie Yann, confus. Qu'est-ce qu'il ya ?

Je fixe le sol, boulversée, sans pouvoir dire un mot. Matt, soupire avec regret:
- Lee t'aime, Yann...

Les personnes autour de nous, retiennent leur souffle.  Andy, Ashton, Kelly, Jeane, Daniel, Ron...tous se taisent, le souffle coupé. Matt me regarde, attristé par mon impossibilité de dire mes sentiments. Yann a le souffle coupé. Ce silence pesant, ce silence qui me tue à chaque seconde: que faire ? Kelly, énervée, s'exclame:

- Ah...c'est une blague ?!N'est-ce pas ?

- La ferme, s'écrie Andy.

- Lee, commence Yann, est-ce que...

Je ne prends pas le temps d'écouter la fin de sa phrase que je commence à courrir hors de la salle, jetant mes talons derrière moi, en larmes. Je cours de toutes mes forces, montant les escaliers par trois.

- Lee ! S'écrie Yann en se mettant à ma poursuite, tandis que Kelly tente de le retenir.

J'arrive dans le couloir de l'établissement, pleurant toutes les larmes de mon corps, anéantie. Je commence à ralentir, marchant pieds nus sur le carellage. Soudain, je sens une main m'aggriper le bras. J'essaie de me débattre et me calme en voyant que c'est Yann. Il me met face à lui:
- Lee...

- Ne me regarde pas, dis-je en pleurs. J'ai si honte...

- Lee, si c'est vrai...dis-le moi, supplie-t-il.

- Tu es avec...Kelly, prétexté-je tout en continuant de pleurer. Je ne peux pas...

- Lee, je t'aime, dit-il doucement.

- Yann, je t'aime aussi, dis-je en pleurant, mais je n'ai pas le droit de ...


Je n'ai pas le temps de terminer ma phrase qu'il m'embrasse langoureusement. Je le serre contre moi, de toutes mes forces, je ne peux plus me contenir. Je veux lui dire "je t'aime" de mille et une façon qu'on puisse le faire. Nos lèvres se séparent peu à peu après un long baiser, il continue de caresser mon visage en essuyant mes larmes.

Au même moment, je sens la présence de quelqu'un et voit Kelly, serrant les poings, consternée par ce qu'elle a vu...

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