Four Day: Comme chaque matin...



Comme chaque matin...

Yann sort du bureau où il s'enferme à clé pour travailler. Je ne le connaissais pas aussi minutieux pour son travail. J'entends toujours le verrou de la porte s'ouvrir et se refermer, signifiant qu'il y a passé la nuit, pendant que je dors dans le grand lit. Les rayons du soleil traversent les volets usés, m'obligeant à ouvrir mes paupières. Je finis par me lever, fourrant mes petits pieds dans mes chaussons avant de descendre au rez-de-chaussé en pyjama. Je ne sais pas si l'école offre des pyjamas comme uniforme pour les voyages mais de toute manière, je n'aurais pas pu me les payer ! Haha...Je crois que je suis vraiment un cas désespéré mais je l'assumre.

Comme chaque matin, Monsieur Je-travaille-tard boit son café, à moitié endormi. Et comme chaque matin:

- Debout fainéant !

- Comment oses-tu dire que je suis un fainéant alors que je viens de passer la nuit sur mon travail...petite prolétaire, tu n'as même pas conscience de ce qu'ait le travail ! Me taquine-t-il.

- Eh! Te plains pas, personne ne te force à travailler la nuit d'arrache pied ! Bougonné-je. Et puis, je te signale que moi au moins, la petite prolétaire, je ne me réveille pas avec d'horribles cernes... Eh tiens !


Il rit puis se lève. Il passe sa main sur mes cheveux tandis que je croque à pleines dents une gauffre au sucre. Un vrai petit cou...enfin, binôme ! Hum...ouais, c'est ça. Nous évitons de mettre le sujet sur le tapis, les sous-entendus ont diminués depuis que Matt et moi nous voyons moins. A vrai dire, la fin du voyage approche et je dois terminer au plus vite mon dessin pour ne pas perdre le paysage qu'il y a ici, en Angleterre. Le soleil montre un peu plus ses rayons, malgré les averses fréquentes...en cette période de l'année, la grèle de l'aube ne tarde pas à montrer le bout de son nez sur les feuilles du pré.

*



- J'ai presque terminé ! M'exclamé-je, le visage plein de tâches noires. Pfou...J'espère vraiment gagner ce concours ou du moins me faire remarquer ! Aïe ! Je crois que je vais m'accorder une pause avant de ressembler à la soeur de Quasimodo.

Je ris aux éclats tandis que Yann me rejoint, un thé glacé à la main. Il me donne le verre que je prends sans hésiter. Je lui dis, entre deux gorgées:
- Merci beaucoup...

- Dis-moi, ce jeune homme dont tu es amoureuse...pourquoi tu ne lui a pas demandé de venir avec toi à ce voyage ?

- Euh...bah, il devait déjà y aller avec quelqu'un, marmonné-je. Mais, je ne voulais pas non plus m'imposer dans ses projets comme Andy ou Daniel voulait le faire !

- Et moi ? S'étonne-t-il, un sourire en coin. Ne me suis-je pas incrusté ?

- Disons que toi ce n'est pas pareil, soupiré-je. Pourquoi tu tiens à savoir tant de choses sur lui ?

- Je suis curieux de savoir quel genre d'homme peut aimer la petite prolétaire, dit-il en ricanant. Dis-moi comment il est...

- Et bah, commencé-je. Il est grand, brun, assez beau...

Je m'arrête une minute, puis le regarde tandis qu'il regarde au loin, assis sur une chaise à côté de moi. Il ferme les yeux, attendant ma description imaginaire:
- Non, en fait, reprends-je. Il est très beau. Il est gentil avec moi quand je le vois mais je ne sais pas ce qu'il pense de moi en faite. Je ne suis pas sûre de lui plaire, mais je sais qu'il me trouve...originale. Il adore le dess...enfin, la photographie, je veux dire ! Haha, hum, il...il est assez mystérieux mais c'est ce qui fait tout son charme. Je crois qu'il doit bien m'aimer quelque part...dans son coeur.

- Alors pourquoi tu ne lui demandes pas ? Demande-t-il, tout en gardant les yeux clos.

- Parce que...il...enfin, je ne l'intéresse pas dans ce sens, bredouillé-je. Il en aime une autre je crois, et puis je ne vois pas ce qu'il pourrait me trouver. Je ne suis même pas riche en plus !

- Il est riche ? M'interroge-t-il.

- Non ! Il est...enfin, il a de quoi payer l'université comme tous les autres élèves, m'embrouillé-je. Mais tout ça ne sert à rien car il ne m'aime pas: je ne suis pas féminine, j'ai un manque de politesse et de douceur inimaginable. Ca ne me dérange pas d'être trempée de la tête au pied, couverte de boue. Une fille normale court sous la pluie, faisant soigneusement valser sa robe pour ne pas qu'elle soit trop mouillée, ça porte des escarpins pour plaire et puis du parfum...Moi, j'ai une odeur de cochon.

Il éclate de rire puis se redresse pour se mettre face à moi. Je fixe le sol, songeant à la triste image de ma féminité imaginaire, certainement perdue en route, qui sait ?
- Lee...

- Oui ?

- Si ce garçon ne te remarque pas alors il est aveugle, okay ?


Je rougis de la tête au pied et fixe le sol. Il garde toujours ce sourire serein, léger, rêveur qui fait ressortir ses yeux gris clairs. Je me mords la lèvre, comme pour me retenir de pousser un cri d'admiration devant tant de beauté et à la fois le pathétique de mon attitude d'exaltation devant lui. Il poursuit:

- C'est vrai, tu n'es pas une de ces filles à talons que l'on voit...mais c'est pour ça que tu n'es pas ennuyeuse. Tu ne te soucies pas de ce que pense les autres: si on t'aime tant mieux, si on ne t'aime pas...alors tant pis ! Tu continues ton chemin sans chercher une quelque once de reconnaissance, de popularité. Si personne ne te connaît, alors peut-être en est-il ainsi...tu ne te rebelleras pas pour autant. Tu resteras avec ses cheveux bruns au soleil sans songer à ta dernière manucure du Dimanche ou une party chez une pimbêche nommée "Mandy" ou "Kelly". Tu restes toi même, et il n'y a pas plus belle beauté que de rester qui tu es...

- Tu...tu penses vraiment ce que tu dis ?

- Non, je disais ça pour faire une poésie...Bien sûr idiote, que je le pense ! Dit-il en me frappant sur la tête doucement.

Je lui tire la langue, tandis qu'il me fait une grimace. Il y a des sourires qui ne trahissent pas...comme chaque matin.

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