Case d'avenir...

Case d'avenir...

- ...et après il m'a embrassé ! Tu te rends compte ?!



Qu'elle se taise ! Pitié qu'elle se taise !
Je ne veux pas l'écouter raconter son rendez-vous. Je me concentre sur les derniers préparatifs de mon voyage, des études ne feraient que compléter ma production. Cette étape est tellement importante pour moi !

-Qu'est-ce qui se passe ? Demande-t-elle. Tu ne dis plus rien. Tu ne serais pas jalouse ?

Je pose mon crayon et ferme mon classeur. Décidément, ce n'est pas aujourd'hui que j'aurais la paix.
- Je te l'ai dit Kelly, Yann ne m'intérresse pas. Je préfère me concentrer sur mon travail plutôt que de me soucier de choses aussi...futiles.

- Tu as une vision bien dure de l'amour, dit-elle en se coupant les ongles. Néanmoins, je t'avouerais que cela me rassure dans le sens où, je sais que Yann est à moi. Nous formons un si beau couple ! Je tiens à être sûr que tu n'ais pas de sentiments pour lui...

- Rassures-toi, marmonné-je. Ce n'est pas le cas.


A ces mots, mon coeur se contracte, comme une tension qui me vient soudainement. Pourquoi ma gorge se noue subitement ? Pourquoi suis-je en train de sentir une immense vague de tristesse comme si...son couple m'importait. Est-ce que je...est-ce que je serais...

*



Un attroupement se tasse devant le panneau d'affichage où chacun inscrit son nom à côté du partenaire souhaité pour les binômes. Libres ensuite aux professeurs d'être d'accord ou non.
Je m'approche furtivement, histoire de voir si quelqu'un a eu l'idée songrenue de mettre son nom à côté du mien.
Ma case est vide: c'est un soulagement énorme qui me remplie de joie ! (bien qu'il puisse accentuer ma solitude éternelle...). Mais comme on le dit souvent, j'aurais dû prévoir que tout bonheur est éphémère. Une main m'arrache mon stylo pour écrire à l'emplacement neutre: A...N...D...Y....Sacks.
J'écarquille les yeux puis me retourne face au postulant.

- Je pense que les professeurs ne verront aucune objection à ce que je me mette avec toi, chère future coéquipière ! S'exclame-t-il.

- Hein ?! Mais pourquoi moi ?! Protesté-je, ahurie.

- Bah, Ashton compte se faire Beth durant le voyage et Yann lui, il se met avec sa copine Kelly, explique-t-il. Et comme je pense que Daniel ne souhaite pas avoir le supplice de passer une semaine avec toi....Nous en arrivons donc à la conclusion suivante.

- Mais...tu te rends compte que tu vas passer une semaine avec moi ?! Dis-je outrée. Ca devrait être aussi pénible pour moi que pour toi je te signale !

- Je sais, soupire-t-il. Mais je veux savoir ce qu'ils te trouvent...

- Hein ?

- Daniel et Yann, dit-il malcieusement. Je suis curieux de savoir ce qui fait que tu puisses rendre les gens aussi...bizarres.

- Humain, tu veux dire ! Dis-je fièrement. Ecoutes, je n'ai pas la force de m'énerver aujourd'hui, donc...je n'aurais jamais cru dire ça mais...Fais comme tu veux !

Sur ces mots, il me regarde partir en souriant.

*



J'adore les pains aux chocolats.
Surtout quand on arrive à la fin, avec tout le chocolat fondant.
Je n'arrive pas à croire que j'ai pu recracher une fin de pain aux chocolats. Mais lorsque j'ai vu ça, je ne pouvais pas rester calme:


___________________
| Andy Sacks, D.Harris, 5M |



Une seule case, sur un tableau un mètre sur un mètre, à elle seule qui comporte deux noms désignant un quart des financements de cette école. Mais ce qui m'intrigue le plus est...le "5M"
Cinq "m", cinquième ? Il n'y a pas de 5e riche dans le groupe de mes "Ponce Pilate préférés". Alors qui ? Kelly qui vient me rejoindre me dit:

- Ouh, j'ai eu peur ! Pendant une seconde j'ai cru que Yann avait apposé sa signature....

- T'es vraiment parano ! M'énervé-je. Arrêtes avec ça ! J'ai d'autres problèmes plus important que ton foutu Yann !

- Ton foutu Yann ? Dit une voix grave derrière moi.


Je deviens pâle et vois Yann derrière moi, toujours avec le même air, neutre, inexpressif. Sauf un doux sourire qui s'esquisse sur ses lèvres lorsque je lui fais ma tête de poisson (oui, oui...quand je reste la bouche ouverte comme une atardée mentale ! ). Je bégaye:
- Euh...euh...je...enfin je voulais dire...

Il éclate de rire et me dit:
- Respire petite prolétaire, tu vas t'évanouir. Te fais-je tant d'effets ?

Je rougis de la tête aux pieds tandis que Kelly vient s'incruster en prenant le bras de Yann près d'elle. Elle affiche un de ces sourires que l'on voit dans les publicités :

- Qui ne ferais-tu pas rougir ? Demande-t-elle suivi d'un petit rire aigüe.

A ce moment précis, je ressens une immense déception, Kelly si sur d'elle, paraît si... pitoyable. Il ne relève même pas sa remarque et continue:
- Je vois que tu as plusieurs prétendants...Intérressant. Je me demande qui a mis ces initiales et depuis quand Daniel, Andy et toi êtes-vous amis ?

- J'en sais rien, il me colle tous ! Dis-je exaspérée. Mais ce qui me préoccupe c'est ce "5M"...Ca m'obsède ! Je dois absolument trouver ce mec ! Qui sait ? C'est un footballeur détraqué sans cervelle qui a mis ça là ! Rhô, je te jure que lorsque je mettrais ma main dessus, je...

- Tu le trouveras, dit-il le plus calmement possible.


Je ne sais pas pourquoi mais cette phrase a eu un grand impact sur moi...Le ton déterminé qu'il a pris pour me la dire. Je ne sais pas pourquoi mais...je crois...Oh non ! Pas ça. La sonnerie retentit, me faisant sursauter. Je commence à courrir pour ne pas être en retard.


*


- Yeah ! Comment on les a rétamé...Jeane, t'es géniale ! S'exclame Kelly.

- On fait une bonne équipe, répond Jeane. Lee, comment va ton poignet ?


Assise sur le banc, dans les vestiaires, je lui montre le bandage avec lequel on me l'a entouré. Je hais le sport ! Pourquoi ?! Pourquoi donc faut-il qu'il y ait du sport ?! Tandis que certaines filles rient de leur côté, en regardant la pauvre petite fille fragile que je suis, Jeane vient vers moi et regarde attentivement ma main. Pourquoi est-elle aussi gentille avec moi ?

- Mmh...rien de grave, une attelle et dans deux jours à peine ça ira mieux, dit-elle en me souriant.

- Merci Jeane ! Dis-je. Je sais que je ne suis pas très douée au basket mais la prochaine fois je tâcherais de faire de mon mieux.

- T'inquiètes pas pour ça, me rassure-t-elle. Dis, tu veux te mettre à côté de moi à l'amphithéâtre ?

- Avec plaisir, dis-je en ôtant mon T-shirt.

- Bon, c'est pas tout ça mais faut que j'y aille...A+ les filles ! Dit-elle en partant avec Kelly.

Je me retrouve seule dans les vestiaires à enfiler péniblement mon pantalon avec ce "fichu" poignet, quand j'entends:
- Tu vas choisir qui ? Andy ou moi ?

Je sursaute et soupire:
- Daniel, qu'est-ce que tu fais là ?! C'est les vestiaires des filles, je te signale ?!

- Je voulais afficher ma part de féminité...

- C'est vrai ?!

-...

- Ah...c'était une blague, dis-je tandis qu'il me fusille du regard se retenant de rire.

- Tu n'as toujours pas répondu à ma question...

- Ah...euh, bah j'en sais rien moi ! Ce n'est pas moi qui choisirai de toute manière.

- Ne joues pas ta sainte ni touche, tu sais très bien qu'à ce train là, les professeurs demanderont ton avis, dit-il en allumant une clope. Soit dit en passant...t'as l'intention d'aller où ?

- En Angleterre, dis-je en mettant mon T-shirt. J'hésite entre Brighton et le Sussex, Brighton est une ville très animée et la mer serait une belle source d'inspiration, tandis que le Sussex, précisément Lewes, est une ville très naturelle avec de grandes prairies ! Je n'ai pas encore décidé mais...Il y a des chances pour que j'aille à Lewes, dans un petit cottage magnifique, j'ai déjà pris ma réservation et je ne crois pas que je le regretterais une seconde. Enfin bref, comme tu le vois, j'ai déjà tout prévu donc celui qui sera avec moi devra se dépêcher, et puis, à la base, j'avais prévu de passer cette semaine seule.

- Lewes ? Dit-il un air songeur.

- Oui...

- Va pour Lewes, Brighton ne te va pas du tout, dit-il en remettant sa mèche en place.

- Pourquoi es-tu si sûr de venir ? Dis-je enfin habillée, mais néanmoins troublée. Après tout, Andy a demandé avant toi, non ?

Il s'approche pas à pas vers moi. Je recule et me plaque contre le mur. Il pose son bras à côté de ma tête. Je tremble comme une feuille. Il approche ses lèvres des miennes le plus doucement possible. Je suis complètement tétanisée, mes membres sont de marbre. Pas deux fois, pas deux fois, pas deux fois...
- Tricheur...rit une personne dans l'ombre.

Daniel se retourne, surpris par la présence d'Andy, derrière un casier. Celui-ci se met sous la lumière. Je reste pétrifiée et rougit de la tête au pied. Andy me prend par la main et me tire vers lui. Je ne résiste pas et exécute, comme un automate. Il s'adresse à Daniel:
- Tu croyais quand même pas l'avoir comme ça ?

- Pourtant ça allait marcher, soupire Daniel. Je compte bien gagner ce trophée Andy...

- Tu oublis que je suis dans la course, mais ne t'inquiète pas, j'adore la compétition, tu me connais ! Se réjouit-il avec un sourire sournois.


Pour la première fois, j'obsverais les dessous de l'amitié la plus connue de tout l'établissement. Entre les quatres garçons, tout n'était que rivalité, et chaque prétexte était le bienvenu, du moment que chaque membre y soit à fond. Aujourd'hui, le trophée, c'était moi. Je bouillone, j'ai envie d'exploser la tête à ses abrutis. Ne suis-je qu'un objet aux yeux de tous ? Je respire ! Je vis comme eux ! Pourquoi ils m'ignorent ou m'utilisent ?! Je les hais, tous ! Je les hais tellement ! Yann n'aurait pas fait ça lui ! Non, il n'aurait jamais fait ça...
- Salop !

Je frappe de toutes mes forces Daniel, lui ouvrant la lèvre inférieure puis me retourne pour frapper en plein ventre Andy. Daniel relève la tête, comme si un coup de vent n'avait fait que caresser son visage. Andy lui aussi ne rechigne pas. Tous d'eux, me regardent, l'esprit sournois. Je dois sortir d'ici, je dois m'en aller d'ici.
- Vous n'êtes que des salops ! Comment osez-vous me traîter ainsi bande d'abrutis ! Je vous hais ! Je vous haiiiis !

Sur ces mots, je saisis mes affaires et sors de la salle en courrant.



J'entends des bruits de pas affolés derrière moi. Je continue de courrir et arrive dans l'enceinte de l'école: un petit jardin où certains s'asseoient pour se reposer devant la fontaine ou rire avec ses amis. Aujourd'hui, il n'y a personne. Je tombe à genoux, m'accoudant sur le bord de la fontaine et fond en larmes.
- Relèves-toi !

Je sèche mes larmes et exécute. Andy me regarde froidement, et continue:
- Arrêtes de pleurer...

- Fous moi la paix ! M'écrié-je. Pourquoi vous me persécuter ainsi ?! Qu'est-ce que j'ai fait ?!

Soudain, l'incroyable devint réel. J'aurais dit "cauchemar" mais c'était aussi doux qu'un rêve et aussi surprenant qu'un réveil en sueur...
Il me saisit et m'enlace contre lui. Ses bras m'entourent, ils sont si chauds. Je me suis arrêtée de pleurer brusquement. Je me sens si bien. Plus personne ne m'a pris dans ses bras depuis que je suis venue ici. Plus personne ne m'a donné une telle attention depuis des années, plus personnes ne m'a considérée comme à cet instant. Est-ce qu'on sert un objet contre soi ? Alors qu'il déserre son étreinte, je m'aggrippe à sa veste et lui murmure:

- Une seconde...

Il resserre timidement ses bras encore un peu, autour de moi. Je ferme les yeux, j'en avais besoin. Tellement besoin. Même venant de lui, ce n'est pas grave, j'y reste. Daniel nous regarde de loin, fronçant les sourcils. Je ne sais pas si c'est un jeu, si cette étreinte n'est qu'un point en plus dans le camps d'Andy, mais je me sens bien, calme sereine.

Je me sens...vivre.

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