Peu importe


Je déteste faire la vaisselle. En fait, je n'aime pas cette corvée, elle nous rappelle que notre sauce finit dans ses tuyaux, que ce délicieux rôti a pris fin, que ce tiramisu a délibérément disparu dans votre estomac...et que ce gâteau au chocolat s'ajoute à cette liste d'écart de votre régime. Non, je n'aime pas la vaisselle...mais aujourd'hui, j'aurais aimé qu'elle ne finisse jamais tandiq que je pose la dernière assiette propre, j'aurais aimé qu'elle soit éternelle pour ne pas faire face à Yann, muet depuis le départ de ses parents. Il n'a pas ouvert la bouche et durant un instant j'ai cru retrouvé ce jeune homme réversé de la fac avant qu'il s'ouvre à moi. Mais pour le moment, l'étudiant sérieux et réservé se trouve dans mon salon et l'homme que je m'apprête à épouser semble avoir pris congé; Je m'essuies les mains durant quelques minantes - au point que ma peau devienne raiche à force de les frotter - puis le rejoint sans un mot. Il écrit sur son ordinateur sans lever le nez de son écran alors que je le regarde sur le fauteuil d'à côté.
- ...Eh bien, ça ne s'est pas si mal passer que ça. C'était même très...très attrayant, non ?

Il ferme son ordinateur brusquement. Je rougies, puis incline les yeux légèrement et continue:
- Pardon. J'aurais dû t'écouter et ne pas faire ça derrière ton dos, ma curiosité et mon envie a pris le dessus alors que j'étais consciente que cela te serait pénible.

-...

- Mais, peut-être que j'ai voulu connaître cette chose que tu caches depuis longtemps en toi...

- Quoi ? s'étonne-t-il pour la première fois.

Je relève la tête vers lui, puis, un léger sourire aux lèvres. Mon coeur bat la chamade comme ce jour dans la bibliothèqe après le bal, je ne sais même pas pourquoi.
- Eh bien, tu as toujours gardé une part de ta vie que tu garderas certainement à jamais en toi, mais j'espérais en connaître plus sur toi en les rencontrant et non te faire du mal. Et...Enfin, je ne demandais pas d'album photo avec toi bébé dessus, ni d'anecdotes car je sais que tu n'as pas eu droit à tout ça mais...dans la mesure où je vais t'épouser et que je pense m'être ouverte, bien que ça ne paraisse pas difficile pour une fille aussi peu discrète que moi...

Il sourit légèrement.

-...je voulais juste essayer de te connaître encore plus Yann, découvrir cette partie inexplorée. Je m'y suis juste mal prise et je ne recommencerais plus, j'te le promets. Alors s'il te plaît, ne m'en veux pas. S'il te plait...

Il se lève et vient vers moi, tandis que mes yeux s'embrument de larmes chaudes qui menacent de culer. A croire que je ne fais que rougir et pleurer à longueur de temps, je dois être idiote à ces yeux, passer pour une gamine. Ce que cela peut m'énerver...
- Lee...
Je lève la tête vers lui. Ses doigts viennent caresser ma joue avant qu'il m'embrasse langoureusement. Mes yeux se ferment tandis qu'il me prend dans ses bras et m'embrasse encore. Il y a des fois où je me demande quel couple nous formons lui et moi, des personnalités qui peuvent sembler inconnues l'une à l'autre. Ses mains glissent peu à peu sous mon t-shirt pour venir sur mon ventre. Mais dans ses moments où il n'y a que moi dans ses bras, je me dis peu importe ce que les autres pensent, je suis heureuse avec lui. Je sens ses doigts tendres l'ôter, glissant le long de mes courbes avant que je fasse de même avec lui. Et même si la vie n'est pas toujours rose, la mienne garde tout de même une teinte de rouge dans un coin. Dans un coin où Yann est là, avec moi...Là, tout près contre moi, où je peux sentir son souffle chaud parcourir tout mon corps , où il ne regarde que moi et mesmains s'aggripe à cette chose si merveilleuse qu'ait l'amour, la sensation d'avoir quelqu'un auprès de soi. Alors, rien que pour ça, je me bats pour le garder, et vis continuellement avec la certitude qu'il m'appartient.


***


- Elle est où Lee ? demande Angie au comptoir à Jina.

- Elle a appelée pour dire qu'elle viendra à 14h et que je pourrais prendre ma journée, explique Jina. Avec l'incident avec Yann elle a été assez absente et se sent redevable envers moi d'avoir occupé pendant un certain temps toute la gallerie. Mais à mon avis, elle a dû mal se réveiller ce matin...

- MMMh, quelque chose me dit que Yann y est pour quelque chose, rit Angie. Enfin je tenais à lui annoncer une nouvelle.

- Laquelle ? s'étonne Jian, inquiète.

- Je suis enceinte, annonce Angie radieuse.

- Oh mon dieu ! s'exclame Jina en prenant son amie dans les bras. Félicitations ! Oh...si j'avais su qu'un jour une mère rejoindrait notre bande, ça me rappelle qu'il me reste pas mal de chose à faire à 25 ans.

- Oh, n'importe quoi, rit la future mère. Il faudrait qu'on s'organise un après midi autour d'un petit thé ce week end. Au fait, comment ça se passe avec Lyam ?

- Eh bien, nous avons décidé de faire une pause durant un certain temps...

- Oh Jina, je...

- Non je t'en prie, ne dis rien, s'empresse-t-elle en souriant. C'est inutile d'en parler. Enfin, je suis sûre que Lee sera heureuse de l'apprendre, étant donné qu'elle adore les enfants. Et puis, il serait temps qu'elle songe à choisir sa robe de mariée. Si ça continue, elle y ira en jogging ou en jean...

Les deux femmes éclatent de rire, sachant que j'en étais bien capable.


***

Cette sensation.
C'est bizarre et doux à la fois, comme...comme des lèvres qui se baladent le long de mon dos. Un frisson parcourt tout mon corps tandis que je souris sous les doux baisers de Yann qui me réveille peu à peu.
- Il est déjà 13h00, tu sais...murmure-t-il entre deux baisers.

- Mmh...il est trop tôt, marmonais-je. Mais je vais être en retard sinon...

- Elle a toujours été comme ça...

- Quoi ? demandais-je amusée.


Il se redresse et s'allonge de nouveau près de moi, face à face. Ne nous sommes vêtus que de draps avec pour seul unique habit la peau de l'autre tandis que je me blottis entre ses bras. Ses yeux gris sont aussi brillants que la première fois. Qu'il est beau Yann, qu'il est beau et tendre mon homme, mon futur mari. Qu'il est beau l'homme de ma vie...
- Ma mère, poursuit-il tout en caressant ma joue. Elle a toujours été froide et méprisante. Ma venue au monde ne faisait que décaler ses rendez-vous. Rien de plus, alors je n'ai pas de mère aimante comme la tienne dont je peux avoir honte car elle raconte des anecdotes gênantes ou me vanter d'être complice avec elle car ce n'est pas le cas.

Je ne dis rien et caresse doucement sa joue du bout des doigts alors qu'il se livre à moi.

- J'ai toujours haï les familles qui avaient eu cette chance d'avoir une famille soudée, j'aurais tué pour que mes parents se disputent juste une fois au lieu de vivre comme deux étrangers dans la même maison qui
ne s'étaient vus que pour me procréer. En j'en ai honte, honte d'avoir haï à ce point des personnes d'en avoir, comme un enfant capricieux qui n'aurait pas eu ce qu'il voulait. Alors je mourrais à petit feu, me consumait en dégradant mon comportement au lycée, en étant un cancre, un voyou des rues de richesses. J'ai fait tout ça pour attirer l'attention sur moi, juste une fois, ce qui s'est traduit par une gifle de ma mère. Seul mon père a vraiment commencer à me voir. J'éprouve un peu de pitié d'être à la merci de ma mère mais aussi de la sympathie pour lui qui n'a jamais souhaité que je vive une enfance pareille. C'est lui qui m'a envoyé dans cet école d'art après avoir vu vaguement mon travail. C'est à lui que je dois de t'avoir rencontrer. Mais ça n'a pas suffit à combler le manque que j'ai toujours eu, avant que tu n'arrives dans ma vie. Longtemps j'ai eu peur de ce que je ressentais pour toi, avant de découvrir que c'est ce que j'ai toujours voulu. Alors maintenant, je ne souhaiterais le perdre pour rien au monde, et ferais tout pour ne pas faire la même erreur que mes parents.

-...

- Voilà tu sais tout maintenant Lee, c'était la dernière partie en moi que tu as toujours voulu savoir, achève-t-il enfin.

- Ya...

- Alors maintenant, dit-il en posant son index sur ma bouche, parles-moi du mariage,. Seulement de ça, de la robe que tu vas choisir, du nombre d'invités, de l'endroit, de l'heure,de tes parents, de ta famille, de mon costard, des voeux que nous nous ferons devant l'autel...et rien d'autres.

- D'accord, acquieçais-je avant de l'embrasser et de le prendre dans mes bras comme une mère.


Comme sa femme...

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