Joyeuses Fêtes

 

Joyeuses Fêtes !

 

Personnellement, je n'aime pas le nouvel an ! Je trouve ça triste, plus mélancolique qu'autre chose ! xD

Mais comme je sais que vous êtes tous fan de ces fêtes (non ? c'est pas vrai ? ) et bien je vous ai fait mon cadeau: une petite scène que j'ai imaginé sous la douche xD Je vous jure, à croire que la douche inspire mille et une choses : musiques, écrits, scènes...c'est effarant ! Langue tirée

Mais elle date depuis un moment et n'a jamais vu le jour. Qui sait, vous aimerez peut-être...

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Paris, 1891

 

 

Couleur prune…

 

Je suis de ces filles…

 

 

De ces filles qui attrapent des boutons sous le maquillage, de ces filles qu’on ne voit pas à côté de d’autres femmes longilignes en équilibre sur leurs talons frôlant la surface granuleuse des trottoirs, tout en faisant résonnés leurs pas sur des galets dans une cadence soigneusement élaborée.

De ces filles qui pleurent dans le noir et en silence pour ne pas gêner ceux qui rit au grand jour.

De ces filles qui même dans un vestiaire de femmes n’osent se montrer à ses « sœurs » par pudeur et par honte…

Moi, je suis Prunelle, une fille parmi tant d’autre. Enfin, pas ce soir…

Ce soir, les lumières de Paris sont tous braquées sur moi. Moi, Prunelle de Paris, qui du haut de la Tour Eiffel va, pour la première fois, exister.  Il aura fallu que ma vie entière soit anéantie pour à nouveau naître. Ce soir, je me mets à nu, je me donne au monde du haut de la Tour Eiffel. Le fer glacé de la rampe où je me tiens en équilibre devient chaud sous la plante de mes pieds frêles, à moitié dans le vide. Je n’ai jamais su m’habiller à la mode, je n’ai jamais su m’habiller simplement alors ce soir, me détacher de mes vêtements, ne plus porter cet attirail grotesque que j’ai traîné toute ma vie durant, est une libération. Je vivrais comme je l’aurais voulu et ne serais vêtue que  de mes sous-vêtements qui sont longtemps restés absents aux yeux des hommes et aux yeux du monde. Il fait froid ce soir, mais les lumières sont braquées sur moi, je ne peux pas les décevoir. Je ne reviendrais pas en arrière comme l’aurait fait l’ancienne Prunelle. C’est un instant de transition entre ma vie et ma mort, ou peut-être est-ce simplement l’hésitation ? 

J’aurais aimé vivre comme ces femmes longilignes sur leurs talons, j’aurais aimé pouvoir me maquiller pour devenir une femme qui peut plaire aux yeux de la gente masculine, j’aurais aimé garder mon travail et peut-être monter de plusieurs grades comme des femmes exceptionnelles l’auraient fait. J’aurais aimé être une femme exceptionnelle…mais je vais l’être maintenant.

Demain, on parlera de moi, de Prunelle qui du haut de la Tour Eiffel, s’est donné la mort en s’offrant au vide, en s’offrant au ciel. Ma photo, bien que la rubrique nécrologie ne soit pas la plus convoitée, apparaîtra et des milliers de personnes liront le triste sort de la pauvre Prunelle. Qu’on plaigne cette petite demoiselle ! Qu’on s’interroge sur ce qui l’a poussée à faire ça ! Qu’on s’interroge sur le fait que le monde n’est jamais connu cette jeune femme ! Parlez de moi comme vous ne l’aurez jamais fait et qu’on ne me considère pas comme une simple victime parmi tant d’autre.

Demain, je renaîtrais à travers la bouche des gens, à travers leurs pensées, à travers leurs existences même. Je n’aurais plus à me contenter de ce petit corps menu que je porte, je vivrais à travers des milliers de personnes…

J’existerais pour la première fois.

Je détache mes cheveux qui volent au vent et, après une grande inspiration, lève les bras lentement de façon à me laisser rejoindre l’autre monde.

-         Quelle audace ! Dit une voix.

 

Je me retourne brusquement, manquant de tomber, et regarde qui est l’inconnu qui vient de me parler. Dans la nuit noire, un jeune homme vêtu d’un long manteau de cuir, les yeux bleus étincelants, est adossée à un mur.

-         Qui êtes-vous ?

-         Peu importe, je suis déjà mort, répond le jeune homme. En revanche, toi tu ne l’es pas…Prunelle.

-         Ne vous approchez pas, rien ne pourra me dissuader de mourir ce soir, ni même jamais ! M’écris-je.

-         Mais qui t’as dit que je souhaitais t’en dissuader ? Dit-il en s’approchant de moi à pas lents.

 

Je baisse la tête vers le vide, me ciblant à nouveau sur mon objectif, et alors que je commence à avancer un pied, il m’interrompt encore.

-         Crois-tu vraiment que ton existence sera éternelle à travers les gens de ce monde ? Demande-t-il, un sourire en coin.

-         Oui, ils parleront tous de moi et culpabiliseront de n’avoir pu me sauver ! Hurlé-je les larmes aux yeux.

-         J’ai un moyen plus adéquat dans ton cas, murmure-t-il à mon oreille. Et c’est pour cela que je suis ici petite Prunelle.

-         Pour…pourquoi ?

-         Pour que tu puisses goûter les ablutions de la vie éternelle sans jamais vieillir, continue-t-il. Ces femmes longilignes rétréciront, s’enlaidiront, se rideront tandis que ta beauté sera éternelle et traversera les siècles s’en jamais perdre ce teint de neige que tu possèdes en cette nuit noire décisive…

-         Comment ? Demandé-je.

 

Il recule de quelques pas et, tout en gardant un léger sourire, ouvre légèrement la bouche pour laisser entrevoir ses crocs couleur nacre. Tétanisée, je recule d’un pas, hochant la tête en signe de refus.

-         Non, soupiré-je. Hors de questions…

-         Je sais, dit-il, vu comme ça, cela peut paraître effrayant mais…crois-moi, la douleur n’est qu’éphémère. Cela vaut bien le prix de la souffrance pour avoir l’infini devant soit, non ?

-         Si je meurs maintenant je pourrais aussi être éternelle ! Protesté-je.

-         Jusqu’à ce qu’il y ait un autre attentat ou autre évènement dramatique que ta pauvre existence n’égalera pas, et durant tout ce temps ton corps et ta beauté ne seront que poussière…

-         Assez !

-          Poussière qui sera  recouverte de goudron pour faire un trottoir où des milliers de femmes feront résonner leurs pas, sans connaître ton nom ! Continue-t-il en riant.

-         Assez ! Arrêtez !

-         Alors rejoins moi, donne ton sang en gage d’affection envers cette vie qui je t’offre et fuis ce monde qui n’a plus de place pour toi ! S’écrie-t-il en riant, pris par la folie. C’est ta destiné, les anges ne viendront pas ce soir te parler, il n’y a que moi qui soit présent.

-         Dieu me chérira là haut ! Cris-je. Des gens m’aiment !

-         Est-ce ces même gens qui oublient ton existence ? Demande-t-il amusé.

-        

-         Je te chérirais plus que tu ne l’as jamais été Prunelle, je te chérirais au point que l’éternité te semblera le paradis, et au point que le paradis des hommes te semblera une niaiserie, dit-il sérieusement.

 

Je commence à méditer sur ces paroles, tout en ne savant quoi faire. Pourquoi avait-il fallu qu’il vienne bouleverser tous les plans ? Est-ce vrai ? Est-ce ma destiné que de le suivre dans les ténèbres ?

-         Promets-le moi… murmuré-je au vent.

-         Quoi donc ?

-         Promets-moi de me chérir et de me faire aimer l’éternité au point de te donner mon sang, au point que je ne puisse regretter ce monde qui m’a longtemps ignoré avant ce soir, expliqué-je.

-         Je te le promets, dit-il en approchant doucement.

 

C’est en un courrant d’air, qu’il se retrouve derrière moi, sa bouche près de ma nuque, s’apprête à me faire basculer dans un monde qui m’était encore inconnu avant ce soir. J’ai envie de verser les dernières larmes qui me restent de ce monde, donnant un dernier souvenir de moi à ces gens qui ne connaîtront jamais mon nom. Mais un sentiment de délectation m’envahit à l’idée de me retrouver jeune alors que ces femmes lutteront contre le temps pour ne pas vieillir. Son souffle chaud se fait plus rapide, préparant ses crocs acérés afin de les planter dans ma chair délicieuse. Je préfère regarder une dernière fois Paris, ces lumières illuminées qui devaient montrer la jeune femme que je suis. Mais je suis destinée à rester dans l’ombre. Non ce soir. Je sens mon cou s’engourdir dans la froideur de la nuit. Non demain. Mon corps se vide et ces picotements incessants sous la douleur, me laisse échapper des petits soupirs sans que personne ne puisse entendre ma détresse passagère. Non ce soir, non demain, mais à jamais  je resterais dans l’ombre.

 

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